Le Québécois dans la BD internationale 6

Cette semaine, je vous parle de la 4e aventure du Scrameustache, qui s’intitule Le Totem de l’Espace qui date de 1975.  

La série Khéna et le Scrameustache a été créée en 1972 dans le Journal de Spirou. par Gos, pseudonyme de Roland Goosens.  Khéna est le fils d’un couple d’humains extraterrestres qui résidaient sur la planète Aktarka, sur le continent des deux Lunes. Au cours d’un voyage spatial, ses parents furent contraints de l’abandonner sur Terre, au Pérou, où on l’a pris pour un bébé inca, avant d’être trouvé et adopté par un archéologue, Georges Caillau, dit Oncle Georges.

Le premier album, L’Héritier de l’Inca, est paru en 1973. Six ans plus tard, en 1979, lors de la parution du 7e album, la série est rebaptisée Le Scrameustache tout simplement.  Il est vrai que personne n’en a jamais eu rien à cirer de Khéna.  C’est juste un p’tit gars à qui il arrive plein de trucs spéciaux, mais qui se laisse entraîner dans les aventures qui lui tombent dessus. Il est totalement neutre, sans le moindre trait de personnalité qui le démarque, et sans jamais prendre le contrôle des événements.

Selon Wikipedia, « comme cet album se déroule au Québec, l’utilisation d’un langage qualifié de « terroir » par l’auteur est fait, en hommage aux particularités linguistiques du Québec. »  


Bon ben, voyons ça de plus près.

L’histoire commence alors que le Scrameustache installe une antenne parabolique sur le toit de la maison de Georges et Khéna.



Signe des temps: Depuis la disparition de la télé en noir et blanc, voilà belle lurette que plus personne n’utilise le terme télévision en couleur ou télé couleur.  Gos fut tout de même visionnaire au sujet de l’antenne, car une vingtaine d’années plus tard, dans la vraie vie, c’était un  modèle d’antenne pour la télé par satellite.

Donc, grâce à cet appareil, ils découvrent qu’une fusée extraterrestre, envoyée par une race de conquérants nommée les Stix, se dirige sur terre.  L’appareil du Scrameustache calcule même où il va se poser: Dans un Québec un peu difforme.

Ils s’en vont donc tous les trois au Québec, chez Martin et Janette Paradis, de vieux amis de Georges.  Apparemment, Paradis est un nom de famille québécois populaire.  Il y a deux semaines, je vous en ai montré un autre qui empruntait les traits d’un jeune Réal Godbout, si vous vous souvenez.

Dans l’univers du Scrameustache, les Paradis habitent les Laurentides.  Et, quelle coïncidence, à quelques minutes de marche d’où l’engin extraterrestre est supposé atterrir.

« Chez LES Martin Paradis »? Il y en a plusieurs?

 Pour être franc, à part trois ou quatre mots, je n’ai pas vraiment vu de langage qui nous ressemble particulièrement dans cet album.  Je vais quand-même essayer de les recenser, tout en résumant l’histoire.

« Des nuisances »…  Non, connais pas cette expression-là.

Oui, en effet, à l’époque, au Québec, on comptait encore les distances en Milles et non en Kilomètres.  En fait, en ’75, cette pratique était sur ses derniers Milles, puisque la conversion en Km sera officialisée en septembre 1977.

Ici, le québéquisme est dans la structure de phrase.  « Fatigue-toi pas! », en effet, ça sonne plus québécois que « Ne te fatigue pas. »

Donc, Khéna, Oncle Georges, le Scrameustache et son robot Tobor se rendent chez les Paradis en soucoupe volante.  Ceci leur cause un certain émoi, mais pas assez pour empêcher Janette de continuer d’insulter son époux.

Première expression bien de chez nous, « niaiseux »

Histoire de voir si les Paradis sont murs pour apprendre au sujet des extraterrestres, Scrameustache leur envoie Tobor.  Janette panique et vient pour le tirer à la carabine, mais Tobor la transforme temporairement en statue de sel.  Tobor remonte dans le vaisseau qui disparait.  Janette redevient normale et tire, évitant de justesse Martin qui était allé se placer devant elle.   

Après s’être un peu foutus de la gueule des Paradis, Georges finit par tout leur expliquer.  Ces révélations poussent Janette à boire.

Ah, bien sûr, un p’tit Caribou, notre boisson traditionnelle dont la recette varie selon l’endroit et l’époque.  Est-ce que les européens aussi disent replacer dans ce cas-ci, ou bien seulement remettre?  Enfin, qu’importe!

Le Scrameustache demande à Martin s’il y a un objet étrange dans le coin.  Et en effet, il y en a un: Le clou du trappeur.  Il s’agit d’un tube doré qu’un trappeur a volé aux indiens américains, quelques 200 ans plus tôt, en croyant que c’était de l’or.  Il l’a ramené au Québec, avant de tomber dans le bois, mort d’épuisement.  Le clou est tombé dans la fissure d’un surplomb rocheux, où il est coincé depuis.  Il s’agit en fait d’un repère qui doit guider la fusée.  Celle-ci se pose et plante un totem amérindien qui serait passé bien plus inaperçu aux USA qu’au Québec, n’eut été du trappeur cupide.

Le totem est un transmetteur de matière: Il téléporte sur terre des robots.  Il chasse aussi les intrus à coup de laser. 


Enwèye, scram, Eustache!

On ne verra jamais les fameux Stix.  Ils existent ici sous forme de petites lumières jaunes volantes, de la taille de billes.  Dès que ces lumières entrent dans un animal, les Stix en prennent le contrôle et s’en servent pour installer leur base.

« Restez pas là! », d’accord, mais « Un tour de crasse! », jamais entendu ça.

Le raton-laveur, possédé par un Stix, envoie des rayons endormants sur Martin, Khéna, Georges et le Scrameustache.  Tobor sauve Khéna et le Scrameustache et réveille ce dernier, qui retourne sauver Georges et Martin. 

Trois expressions, trois points:

  •  Endormitoire est un nom féminin, propre au langage populaire québécois, qui illustre une envie de dormir.  Exemple: « J’ai une endormitoire » signifie « J’ai sommeil. »  Donc, le mot existe, mais est mal utilisé dans cette  scène.   
  • Je connais l’expression rester encabané comme synonyme de rester à la maison sans pouvoir sortir.  J’ai l’impression que dans cette BD, on lui donne plutôt le sens de en cabane, c’est à dire en prison.  
  • Enfin, défuntiser existe aussi, mais je n’ai jamais entendu ça.

À peine réveillé, Khéna est possédé par une lumière de Stix.  Il s’enfuit, non sans mettre son poing dans la gueule de l’oncle Georges.

Apparemment, le mot bougrant existe, mais je ne l’ai jamais entendu.

Le Scrameustache enlève du cou de Khéna la médaille qui le protège (C’est la scène de couverture de l’album) et le transforme en statue de sel.  Puis, le totem téléporte de la matière vivante: Un couple d’accusmalas, qui sont un genre de croisement entre des dinosaures (pour le physique) et des castors (Terrestres et aquatiques, ouvriers utilisant leurs queues plates.)  

Les femmes sont vraiment des bitchs avec leurs maris, dans cet album.

Ceux-ci ont été envoyés pour construire la forteresse des Stix.  Ils sont déjà assez avancés dans le travail, lorsque le Scrameustache les attaque avec son autre engin volant: Le passe-partout.

Le Scrameustache prend contrôle du totem, détruit l’émetteur de petites lumières, et renvoie les robots et les accusmalas chez les Stix, avant de détruire la base et la forteresse.  

En revenant chez les Paradis, Scrameustache, Khéna, Georges et Martin sont accueillis par Janette qui les amène dans la grange.  Ça a l’air que malgré tout leur boulot, les accusmalas ont eu le temps d’avoir un bébé, ou du moins un oeuf, qui éclot en bas de la dernière page.  

On ne reverra le bébé accusmala que quatre ans plus tard, dans l’album Les Galaxiens, alors que Martin Paradis l’envoie à Georges par la poste.  Et c’est là que l’on découvre quelque chose d’assez étrange à son sujet.  



Euh, quoi?  Les parents accusmalas étaient pourtant intelligents et articulés.  Alors pourquoi est-ce que leur petit, tout le long de ses apparitions dans la série à partir de ce point, aura l’intellect d’un animal à peine plus évolué qu’un chien savant?  Et surtout, pourquoi est-ce que le Scrameustache confirme que tel est supposé être son degré d’intelligence, alors qu’il connait la vérité?  Mystère!  J’espère que ce n’est pas une manière subtile de montrer ce que ça donne, que d’être élevé parmi des québécois.

Ceci dit, on peut se considérer chanceux; cette BD ne contient aucune expression vulgaire du langage québécois.  Par contre, on ne peut pas en dire autant au sujet du langage franco-européen. 

D’accord, l’image est prise hors-contexte, mais je me demande quand même  comment ça a pu passer dans les pages de Spirou.

Le site La Lucarne à Luneau a également consacré un billet de blog au sujet de cet album.  Il a les mêmes réflexions que moi au sujet des québéquismes, mais pousse la chose plus loin, décortiquant l’album en une longue critique.  Jetez-y un oeil.

___

LA SEMAINE PROCHAINE: Un autre personnage québécois dans Spirou.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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3 commentaires pour Le Québécois dans la BD internationale 6

  1. Tori dit :

    « Tour de crasse » et « Nuisances » apparaissent dans la liste des expressions du « parler populaire des Canadiens français » de wikisource : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Parler_populaire_des_Canadiens_fran%C3%A7ais/T et https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Parler_populaire_des_Canadiens_fran%C3%A7ais/N
    cela dit, il y a peut-être des expressions qui ne sont plus utilisées ou utilisées très localement… Et c’est vrai que vu d’Europe, ce n’est pas toujours facile de savoir quels termes sont réellement utilisés (Surtout il y a quarante ans : aujourd’hui, ce serait plus facile de trouver, via l’internet, quelqu’un pour aider ou corriger).

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