Le Québécois dans la BD internationale 7

L’année est 1973, et Marvel Comics publie The Incredible Hulk n° 161.  Dans celui-ci, Hulk visite le Canada. Le général Ross explique la situation aux autorités canadiennes, et mentionne le Premier Ministre Trudeau (Pierre Elliott) pour bien nous faire comprendre où ça se passe.

Pendant ce temps, Hulk se plaint qu’il n’y a que des arbres au Canada.  La seule civilisation qu’il y rencontre, ce sont des membres de la police montée, en uniforme traditionnel de parade, évidemment.

Et c’est tout pour la présence canadienne de ce numéro.  À part ça, Hulk y combat brièvement un obscur ex-X-Man nommé Mimic, ainsi que Hank Mac Coy alias Beast.  C’est durant la période où ce dernier avait quitté les X-Men mais pas encore rejoint les Vengeurs.  

Au numéro suivant, Hulk rencontre d’autres créatures des bois de notre folklore: Des bûcherons. Ceux-ci le prennent pour une créature cannibale nommée Wendigo.

Hulk décide d’aider la soeur d’un bûcheron présumé kidnappé par le Wendigo.  Hulk trouve la créature au moment où celle-ci s’apprête à attaquer un autre campement de bûcherons, celui-là peuplé par des québécois francophone qui ont apparemment appris à parler avec un dictionnaire anglais-français. 

Hulk et Wendigo se rencontrent et se battent à coups de billots sur la gueule.  

Et on constate que le vocabulaire de la créature se limite à son propre nom, contrairement à ce que pouvait faire croire la couverture.

L’histoire se termine en queue de poisson alors que Hulk n’arrive pas à battre Wendigo.  Il le retrouvera deux ans plus tard, dans les légendaires numéros 180 et 181, qui marquent la première apparition de Wolverine.  Mais ceci est une autre histoire.

Pendant ce temps, dans Amazing Spider-Man n° 119:

Peter Parker se demande qui est Jean-Pierre Rimbaud, le mystérieux avocat canadien qui a envoyé un télégramme à sa tante May pour lui donner rendez-vous à Montréal, et qu’est-ce qu’il a de si important à lui dire.  

Il décide d’aller rencontrer l’avocat à la place de sa tante, mais il est trop cassé pour se payer le voyage.  Quelle coïncidence: Hulk est au Canada.  Peter profite donc du fait qu’il est photojournaliste et que son patron déteste Spider-Man, pour le convaincre de l’envoyer prendre des photos d’une future bataille entre Hulk et Spider-Man.  

Peter atterrit à Montréal et se rend au bureau de l’avocat, où il se fait aussitôt cruiser par la secrétaire, Miss Frances Delon.


Un petit -9°C et le grand Spider-Man se plaint qu’il crève de froid (tout en gardant son manteau grand ouvert).  Il constate qu’il est suivi.  

Il passe à côté d’une affiche rédigée en bon français (si on laisse passer le mot construotion) qui prouve que ce n’est pas d’hier que les rues de Montréal sont congestionnées par les travaux.

Il se change en Spider-Man et attrape le gars, qui lui révèle qu’il travaille pour le compte de Otto Octavius alias Docteur Octopus.  Mais ils se font surprendre par le Général Ross, la police et l’armée, alors Spider-Man s’enfuit.

N’oubliant pas qu’il est aussi là pour prendre des photos de Hulk, Peter se mêle aux journalistes autorisés à accompagner l’armée canadienne.  Et là, Marvel nous donne une leçon géographique, en expliquant que Montréal est une île, que ça prend une heure pour traverser un pont, et qu’une fois qu’on en sort, on se retrouve en pleine toundra. 

Ils trouvent Hulk alors que ce dernier apparaît spontanément sur la route entre le dernier camion (celui des journalistes) et le reste du convoi.  Après une courte bataille contre Spidey, Hulk s’enfuit vers le barrage hydroélectrique sur le Saint-Laurent situé à la hauteur de Maskattawan.  

Vous connaissez l’endroit?  Non?  Normal: Cette région et ce barrage n’ont jamais existé pour de vrai.  Je suppose que le scénariste a combiné les noms Maska, Ottawa et Shawinigan pour en arriver à Maskattawan.  L’important, c’est que ça sonne amérindien, donc canadien.

Et parlant de sonner canadien, en 1973, le monde entier parlait de l’imposant projet hydroélectrique de la Baie James.  Alors quoi de plus canadien qu’un barrage?  Voilà pourquoi Hulk décide de boxer contre un.  

On est encore très loin de Tony Stark / Iron Man qui boxe contre le Premier Ministre Trudeau (Justin).

Spider-Man arrive, se bat contre Hulk qui démolit une partie du barrage, et ils se retrouvent tous les deux à la flotte sous une avalanche de morceaux de béton.  Suite et fin au numéro suivant, dont la couverture promet un match revanche sur le site de l’Expo 67, qui contient non pas un mais bien deux dômes géodésiques, situés l’un au sommet de l’autre.   

Hulk a horreur de l’eau.  Aussi, il fuit, au grand soulagement de Spider-Man.  Peter retourne voir le mystérieux avocat.  

Celui-ci se trouve sur le site d’Expo 67 pour y rencontrer un promoteur immobilier.  La secrétaire l’y amène, tandis qu’ils sont suivis par le même sinistre personnage qui suivait Peter dans le numéro précédent.

Le Québec étant un tout petit endroit, qui c’est qu’ils retrouvent par hasard à Terre des Hommes, vous pensez?

Hulk éfoire le taxi, Spider-Man en sort.  Dans la scène suivante, je ne sais pas ce qui m’étonne le plus: Le fait que le dessinateur a confondu le Minirail avec le téléphérique, ou le fait que celui-ci est encore en fonction en 1973.  À moins qu’il s’agisse de l’Expo Express, mais là encore il a cessé ses fonctions en 1972.

Je comprends qu’il puisse être difficile de dessiner une boule toute faite de triangles.  Cependant, elle semble ici dix fois plus petite qu’en réalité…

… et ensuite sa base est autre chose que le simple socle duquel Hulk l’arrache.  Voyez plutôt:

Fa que, Hulk démolit le dôme.  Bah!  Y’a bien le droit.  C’est le pavillon américain, après tout.

Ils se battent encore et l’armée intervient, ce qui fait fuir Hulk. Peter peut enfin rencontrer l’avocat.  Saura-t-il enfin ce qu’il veut dire à sa tante May?  Eh bien non, car…

Eh oui, le tueur à la solde du Dr Octopus ne suivait Peter que pour trouver l’avocat et l’abattre.  Tout ce voyage pour rien.  Peter remonte donc dans l’avion, dont les moteurs dégagent une épaisse fumée noire qui n’a rien de rassurant.  

On apprendra, quelques numéros plus tard, que l’avocat était chargé de dire à tante May qu’elle a hérité d’une centrale nucléaire sur une île canadienne, et que c’est dans le but de s’en emparer que le Docteur Octopus planifie de la demander en mariage, malgré le fait qu’elle a 108 ans de plus que lui.

Ces quatre comics contiennent tous les éléments clichés qui constituent le Canada à travers les yeux d’un américain:  Le froid, la neige, les bois, les sapins, et les policiers qui portent l’uniforme classique des mounties, bien qu’il n’est plus porté que dans les parades depuis les années 1950.  Le seul élément de modernité que l’on y retrouve est Expo 67, qui avait déjà cinq ans d’âge à ce moment-là.  Et ce comic fut totalement anti-prophétique en y détruisant le dôme géodésique, puisque aujourd’hui, presque 50 ans après l’Expo, c’est l’un des deux seuls pavillons d’origine à être encore debout et fonctionnel, en tant que la biosphère.  L’autre étant celui de la France, devenu aujourd’hui le Casino de Montréal

Pour ce qui est du français parlé et écrit, il y en a très peu.  L’image avec les bûcherons qui fuient le Wendigo contient un français boiteux.  À part l’affiche de construction dans Spider-Man, on n’y voit que quelques mots ici et là, comme « oui » et « mademoiselle ».  Et j’aurai appris quelque chose en lisant ce comic: Apparemment, le diminutif de Monsieur n’est pas M. ni Mr., mais Mssr.   

Quant aux noms québécois:  Selon la page du Wendigo sur Wikipedia, plusieurs hommes furent victime de la malédiction qui les transformèrent en Wendigo, et leurs noms sont Paul Cartier, Georges Baptiste, Francois Lartigue, et Lorenzo Mauvais.  Dans Spider-man, l’avocat se nomme Jean-Pierre Rimbaud, et sa secrétaire Frances Delon, deux noms de famille qui font plus français-de-France que québécois. 

LA SEMAINE PROCHAINE: Nous restons à l’Expo 67, alors que celui-ci accueille Superman, Daredevil et Robin Malone. (Qui?)

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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6 commentaires pour Le Québécois dans la BD internationale 7

  1. Je croyais tout savoir de Marvel, tu me sers une belle tasse d’humilité. J’adore!!! 🙂

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  3. Anonymus dit :

    J’ai découvert votre super-blogue grâce à celui du Prof solitaire!
    Je ne voudrais pas couper les cheveux en 4, mais… en tant que détenteur d’un passeport de
    l’Expo 67 qui a visité tous les pavillons (ça vous donne une p’tite idée de mon âge!), je crois que le pavillon du Québec est, lui aussi, encore debout et fonctionnel… Est-ce qu’il ne fait pas partie intégrante du 《 complexe 》 du Casino? Je pense même qu’il est relié à l’ancien pavillon de la France à l’aide d’une passerelle couverte, non?
    Ceci étant dit, ce serait une bien petite erreur, quand on tient compte de la somme des recherches que vous devez faire pour chacun des articles!!!

    Aimé par 1 personne

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