Le Québécois dans la BD internationale 8

 J’ai déjà entendu quelque part qu’en ’67 tout était beau, c’était l’année de l’amour, c’était l’année de l’Expo.  À l’époque, il n’y avait pas encore de lois qui empêchait de filmer les passants sans leur autorisation.  Aussi, histoire de surfer sur la vague de popularité de l’Expo 67, de nombreuses productions de partout dans le monde sont allés s’y faire aller le Kodak.  

Par exemple, au Québec, il y a eu un épisode de Bobino qui se passe sur ce site :

En France, c’est un épisode de Les Saintes Chéries qui s’y déroule (dès 17:10).


Lien: //ok.ru/videoembed/33520814845

Aux USA, dans l’épisode pilote de It takes a thief, le personnage joué par Robert Wagner y poursuit un voleur.

En Allemagne, c’était le film Kommissar X – Drei blaue Panther, (Commissaire X – Trois Panthères Bleues) qui, lui aussi, y poursuit un voleur de diamants.  

Et la BD n’échappait pas à cette mode.  La semaine dernière, je vous ai montré Spider-Man et Hulk qui visitaient le site de l’Expo 67.  Mais voilà, ils le faisaient en 1973.  Eh bien cette semaine, je vous montre des BD qui, tout comme les films et séries télés montrées plus haut, montrent l’Expo 67, EN 1967. C’est parti:

À l’occasion du numéro 200 de Superman, DC Comics nous présente une histoire imaginaire dans laquelle Brainiac, au lieu de sauver la ville de Kandor, sauve plutôt Kryptonopolis, capitale de la planète Krypton.  Et quel hasard, c’est ville où habitent Jor-El et Lara, les parents de Kal-El, le futur Superman.  Ayant survécus, ils ont un second fils, Knor-El.  

Lorsqu’ils arrivent sur terre, aux Zétazunis, c’est le petit frère qui devient Superman.  Quant à Kal-El, le Superman original, il déménage à Montréal, prend le nom de Charles Leblanc, travaille pour le journal Montreal Star, devient un super-héros nommé Hyperman, et patrouille dans le ciel de l’Expo. 

… Un Expo 67 dans laquelle le dôme géodésique américain est le plus petit des pavillons du site, ce qui est l’inverse de la réalité.

Passons maintenant à Marvel Comics et à sa série Daredevil, en particulier les numéros 33 et 34, dont l’équivalent en français, publié par Héritage, est le numéro 35/36.  Non, je ne m’explique pas cette incongruité mathématique.

À cette époque, histoire de protéger sa super-identité, Daredevil alias Matt Murdock se fait passer pour son propre (et fictif) frère jumeau douchebag Mike Murdock.  Longue histoire.  

Pour les petits lecteurs québécois que nous étions, avec le décalage de quinze ans entre la version originale et celle traduite, ça faisait assez étrange de voir Daredevil suggérer de visiter l’Expo 67…  En mai 1982.  

Si Mike/Matt/DD est épuisé, c’est qu’il vient de se battre contre un super-truand en armure verte nommé The Beetle.  Le méchant en question lui ayant échappé, Matt conçoit un plan infaillible pour le retrouver: Être passager d’un train qui amène le plus précieux collier au monde vers Expo 67.  Le Beetle étant un super-voleur, il va forcément essayer de le voler, permettant ainsi à DD de le capturer.  L’acide était vraiment bonne en 1967.

Au final, la logique de Matt se montre infaillible car oui, tel que prévu, le Beetle attaque le train et y vole le collier.  Il capture également DD.  Et tant qu’à se diriger vers Expo 67, il décide d’en profiter pour le démasquer en pleine télévision devant le monde entier.

Nous sommes au Canada.  Alors qui est-ce qui sont chargés de garder les entrées de l’Expo pendant la nuit?  Mais la Police Montée en uniforme de cérémonie, bien entendu. (Malgré l’erreur de coloration.)

Ils gazent les policiers et défoncent la clôture.  Apparemment, pour avoir un pavillon à l’Expo 67, il suffisait d’en choisir un vide et de s’installer dedans…

… et d’afficher notre événement pour y attirer des spectateurs et la télé, et personne ne nous posait de questions.  

Foggy et Karen assistent à la scène de la couverture du comic.  Foggy attaque le Beetle, sauvant Daredevil.  Puis, ce dernier arrive enfin à battre le méchant, juste à temps pour l’arrivée des mounties.

Pour la défense du scénariste, qui a l’air de croire que les policiers portent cet uniforme, cette image promotionnelle de l’Expo pouvait porter à confusion.  

Passons maintenant à une obscure série de BD nommée Robin Malone. Elle fut créée, co-scénarisée et dessinée par le bédéiste américain Bob Lubbers, toujours vivant et âgé de 94 ans au moment où j’écris ces lignes. Si je dis qu’elle est obscure, c’est qu’elle n’a existé que trois ans, soit de mars 1967 à mai 1970.  Si vous la connaissez, c’est probablement parce que vous possédez Charlie Mensuel no.114, paru en juillet 1978, où elle est en couverture.

Robin Malone est une intelligente et très belle femme d’affaires de trente ans.  Elle a hérité des Entreprises Malone de son mari Mike à la mort de ce dernier, chose dont elle se plaint souvent tout le long de la série.

C’est le 19 mars 1967 que la N.E.A. (Newspaper Enterprise Association) introduit la série Robin Malone dans les journaux.  Neuf mois plus tard, elle était imprimée dans 400 quotidiens.  C’est à ce moment-là que la N.E.A. commença à exiger des changements dans le ton de la série. Laissons Lubbers expliquer la chose dans ses propres mots :  “Quand je leur donnais de l’action, ils voulaient du soap opera à la Juliet Jones.  Quand je leur donnais du mélodrame, ils voulaient de la satire à la Li’l Abner. Quand je leur donnais de l’humour, ils voulaient de l’action. »  Ça explique pourquoi, dans l’épisode publiée en français dans Charlie, le ton passe soudain de sérieux à slapstick.

Ça explique également pourquoi Siegfried Mushroom, le méchant de l’histoire, commence avec un look réaliste, avant de finir en tant que sa propre caricature.

Même chose pour son complice Porsh Portofino, qui passe de beau jeune homme plein d’assurance et tombeur de ces dames, à pathétique ex-playboy sur le déclin dont le visage a vieilli de vingt ans en quelques strips.

L’une des exigences de la N.E.A. fut d’envoyer Robin Malone à l’Expo 67.  Ça a donné les strips suivants, que j’ai trouvés sur cette page.

Et voilà, un aller-retour qui a duré dix-huit jours dans les journaux, et six heures dans la BD.  Pas mal, l’idée de créer le pavillon de la ville du futur « Metro 1997 » appartenant à Malone Enterprises pour l’Expo.  Juste un truc: À l’Expo 67, les pays étranger avaient chacun un pavillon au nom de leur pays.  Il n’y avait pas d’entreprise étrangères qui y présentaient leur propre pavillon, sinon l’île aurait été envahie de bâtisses à l’effigie de Shell, General Motors, Ford, etc.  Ceci dit, ils auraient probablement dû.  Ça aurait peut-être évité le déficit de 210 millions qui en a résulté. 

 Quant à la série Robin Malone, dans une ultime tentative de la remonter alors qu’elle coulait à pic, la R.E.A. suggéra un coup de théâtre inattendu: Le retour de Mike Malone.  Celui-ci ne serait pas mort.  Il aurait juste été kidnappé par Siegfried Mushroom qui lui aurait lavé le cerveau afin d’en faire son esclave servile contre Robin.


Mais il était trop tard.  Ce rebondissement n’a fait que marquer la mort de la série, qui s’est terminée brusquement sur ces deux derniers strips.


C’est ça qui arrive quand l’éditeur exige sans cesse qu’un auteur change le style de sa série, dans un effort incessant et désespéré pour trouver la formule gagnante, au lieu de lui laisser le temps de se faire son public:  Ça aliène les lecteurs au lieu de les fidéliser. 

Donc, le bilan du côté québécois dans ces BD:

Les clichés canadiens et/ou québécois.
Superman: Aucun.  Mais ce n’est pas non plus comme s’il avait eu le temps, puisque Montréal n’est mentionné que dans deux cases de la dernière page d’une BD qui en a vingt-quatre.
Daredevil: Les policiers en uniforme de la RCMP, of course.
Robin Malone:  Aucun. 

Représentation du québécois dans ces BD.
Superman: On suppose que son patron du journal en est un.
Daredevil: À part la Police Montée, on suppose qu’une partie du public l’est.
Robin Malone:  Là encore, on suppose qu’une partie du public de l’Expo l’est.

La langue française parlée ou écrite.
Superman: Nulle part!
Daredevil: Nulle part!
Robin Malone: Nulle part!  Sauf peut-être dans cette image, avec ce « au fond de volcan » tronqué et mal accordé.

Bref, dans le cas de ces trois BD, il est évident que ces histoires auraient pu se passer ailleurs, et donc n’avaient aucune raison valable d’inclure Expo 67.  Ce n’était probablement rien que pour surfer sur la popularité de l’exposition universelle montréalaise, comme ce fut le cas avec le film et les séries télé présentés au début de cet article.

LA SEMAINE PROCHAINE:  Un québécois et une québécoise dans une aventure d’Archie datant de 1972.

 

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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7 commentaires pour Le Québécois dans la BD internationale 8

  1. Jean Milette dit :

    Un déficit de 210 milliards me semble beaucoup. Radio-Canada parle plutôt de 210 millions http://archives.radio-canada.ca/emissions/251/

    Cela dit, c’est toujours un plaisir de lire le fruit de vos savantes recherches sur le Québec tel que présenté dans la bande dessinée.

    Aimé par 1 personne

    • Steve Requin dit :

      Fort possible. Je me fie aux renseignements trouvés sur Wikipedia, alors ça vaut ce que ça vaut.

      Bilan financier[modifier | modifier le code]
      Toutes valeurs en dollars canadiens de 1967 :
      Coût : 431 904 684 $
      Revenu : 221 239 873 $
      Déficit opérationnel : 210 664 811 $

      J'aime

  2. Montréal a eu son Superman à l’identité secrète québécoise… j’ai mon maudit voyage! Tu ne cesseras jamais de me surprendre! 😉

    Aimé par 1 personne

  3. Stéphane dit :

    Un autre petit joyau perdu que j’ai repéré est la BD franco-belge « Les Casseurs » (renommé plus tard « Al & Brock ») qui met en vedettes 2 policiers de San Francisco dont leur spécialité principale est de casser plusieurs véhicules (d’où leur surnom « Les casseurs »), a eu 2 aventures qui se sont déroulés au Québec. Le 1er est « Big Mama II » (tome 11) et « Match-Poursuite » (tome 15), ce dernier a eu quelques pages publiés dans la section « La Petite Presse » de La Presse du Samedi. Voici quelques liens. http://www.bedetheque.com/BD-Casseurs-Al-Brock-Tome-15-Match-poursuite-22023.html
    http://collections.banq.qc.ca:81/lapresse/src/cahiers/1988/10/16/03/82812_1988101603.pdf
    http://fr.la-bd-de-journal-au-quebec.wikia.com/wiki/Les_Casseurs_Match_Poursuite_-_La_Presse

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    • Steve Requin dit :

      Oui, voilà plusieurs semaines que je cherche trois albums des Casseurs dans les bibliothèques municipales de Montréal: Big Mama, Big Mama II, et Match-Poursuite, car les trois aventures se passent au Québec. Hélas, mes recherches n’ont pas porté fruit. Le problème vient du fait que chaque année, ils achètent des dizaines d’albums de BD, et doivent faire de la place en élaguant les albums moins populaires ou trop vieux. Je vais continuer mes recherches, je finirai bien par les dénicher.

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