Le québécois dans la BD internationale 10.

Mars 1999. Je suis au 12ième festival de BD de Québec et j’y squatte tour à tour les tables de Safarir et de la première page web à s’appeler BD Québec, afin d’y vendre mes deux séries de fanzines, Requin Roll et Les Plagiats de la BD.

J’y rencontre le dessinateur Coyote (1962-2015) que j’ai découvert cinq ans plus tôt dans Fluide Glacial avec sa série Litteul Kévin, et dont le coup de crayon a déjà influencé le mien le temps d’une BD de trois pages.  Ce qui me frappe le plus au premier coup d’oeil, c’est à quel point Coyote est semblable physiquement à Chacal, le père de Kévin. En légèrement moins musclé.

Nous sympathisons immédiatement.  On se prend en selfie, ce qui était tout un défi en cette époque pré-caméras électroniques. 

 Je lui donne de mes fanzine, et en retour il me fait un petit dessin.

À la fin du dernier jour du festival, alors qu’on l’invite à une beuverie d’adieu, il doit décliner.  Il se couche tôt car le lendemain matin, il partira vers les Laurentides.  Il m’explique qu’il va y passer trois jours dans une auberge canadienne où il fera, entre autres, de la motoneige et du traîneau à chiens.  Je lui demande si ça pourrait l’inspirer pour une future aventure de Litteul Kévin.  Il répond: « P’t’êt’ bien! Faut voir! »

Quelques temps plus tard, c’était tout vu:

Ce sixième album se conclut avec cette BD qui fut directement inspirée de son séjour.  

Mise en contexte: Litteul Kévin a gagné un concours de photo en déguisant sa babysitter en Lara Croft.  Le prix: Un séjour au Québec.  Ils y sont donc partis tous les quatres, Kévin, sa mère Sophie, son père Chacal (né Gérard) et sa babysitter Frida.




Chacal fait de la vitesse sur sa motoneige, montant jusqu’à 160 km/h.  Il vire cependant full fru de se faire aisément dépasser à 170 par Kévin et leur moniteur.



Mais Kévin, qui connait bien son père, arrive à lui flatter l’ego, appuyé par quelques bons mots du québécois.

Rendu à l’auberge, tandis que Chacal se vante de sa performance au téléphone à Gros Hulk, son ami motard et frère de Frida, c’est le festival de la parlure québécouèse dans’ cabane.






Les scènes suivantes me font penser que ça doit s’inspirer de faits vécus.  

Sinon, qui aurait pu penser qu’il faut éviter de se vautrer sur les pistes de traîneaux à chiens puisque ces dernières sont parsemées de merde canines? 

Le coyote, bien que présent au Québec, n’est pour ainsi dire jamais mentionné lorsque l’on nomme des représentants de notre faune nordique.  On suppose donc que ce gag ait été fait à Coyote lui-même par les propriétaires du chenil après qu’il leur ait dit sous quel nom il signait ses BD. 

Tout comme cette scène du poil dans la bouffe.  À part pour décrire un fait vécu, il n’y a pas vraiment de raisons pour inclure cette anecdote.

… Sauf si Coyote avait envie d’en profiter pour s’auto-référencer une seconde fois.  En sachant que Chacal est l’avatar de Coyote, et que Sophie est inébranlablement amoureuse et fidèle à Chacal, il n’y a aucune autre raison pourquoi elle dirait ça.

La BD se conclut alors qu’au moment où ils viennent pour repartir en Europe, Chacal leur annonce qu’il a prolongé leur séjour de deux autres semaines.  Il profite de ce temps pour s’entraîner à la motoneige, dans le but de battre de vitesse le moniteur.

Représentation du Québécois.
Les deux aubergistes et les deux propriétaires du chenil.  Alors que les deux premiers y vont fort dans notre parlure, les deux suivants ont un français assez correct.  C’est une assez bonne représentation de ce que nous sommes car en effet, nous n’avons pas tous le même vocabulaire. Certain d’entre nous parlons plus le québécois et d’autres plus le français.  On voit que Coyote s’inspire de gens qu’il a rencontré, et que cette rencontre était récente.

Clichés canadien et/ou québécois.
Je ne peux pas vraiment dénoncer les clichés canadiens que sont l’hiver rude, la neige à n’en plus finir, la motoneige et les traîneaux à chiens, puisque c’est ce que Coyote a vécu au mois de mars 1999.  Et c’était voulu, puisque c’était dans une auberge pour touristes, et que c’est exactement ça qu’ils offrent.  

Le québécois parlé et/ou écrit.
Je les ai mis tous ici.  Dieu merci, Coyote nous a épargné du Tabernacle. Bon, il y aurait eu quelques ajustements à faire, tels que:

  • Prendre un break plutôt que prendre un brake.
  • Tabarnouche plutôt que tabernouche.
  • Excite-toi pas le poil des jambes, plutôt que excite-moi pas.
  • Ma gang plutôt que mon gang.
  • Les beux plutôt que les cops.  Mais ça, c’est Kévin qui le dit, et lui n’est pas québécois, alors ça peut aller.
  • Tinquer (faire le plein) plutôt que tanker.  Je sais bien que tank est le réservoir, faut savoir prononcer à la québécoise, comme Elvis Gratton.

Mais dans l’ensemble, ce n’est pas si mal.  On a vu bien pire.

LA SEMAINE PROCHAINE: Bien pire, alors qu’un album de la série belge Les 4 As se passe au Québec.

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Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur Requin Roll, dont voici la planche numéro 2.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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