Le Québécois dans la BD internationale 11

Cette semaine: L’album Les 4 As et la Navette Spatiale publié en 1989.

Je vous l’avoue tout de suite, je ne suis pas du tout familier avec Les 4 As.  Heureusement, ils ont leur page sur Wikipédia.  Celle-ci m’a appris que la série a commencée sous la forme de romans pour adolescents, en guise de parodie des clichés que l’on retrouvait dans les publications destinées à la jeunesse des années 60.  Puis, elle devint une BD.  Les personnages sont:

Lastic : Cheveux bruns, sportif et passionné par la mécanique, il est l’archétype du héros des années 1960, une sorte de Michel Vaillant adolescent.  
Dina : jolie rousse, elle possède toutes les caractéristiques de la gourde sympathique : penchant pour la mode et les produits de beauté, frivolité, peurs incontrôlées qui la fait sauter dans les bras de ses compagnons. Naïve à en être stupide, c’est la classique jolie-sans-cervelle.

Doc : Intellectuel portant un nœud papillon, il égaye les aventures de citations latines.
Bouffi : Le p’tit gros constamment affamé qui ne vit que pour manger et qui possède des dons de cuisinier.
Oscar : le chien le plus défaitiste de l’histoire de la bande dessinée. Contrairement à Milou ou Idéfix, il n’apporte que rarement de l’aide à ses compagnons. 

L’album Les 4 As et la Navette Spatiale commence alors que les 4 As sont dans une base spatiale russe.  Ils embarquent dans la navette et se retrouvent dans l’espace.  Puis, un problème survient et…

Et on se retrouve dans une salle de classe d’informatique dans laquelle les 4 As jouent, sur des ordinateurs en réseau, à un jeu électronique, un genre de Space Invaders, contre une navette spatiale.  On comprends donc que les premières pages ne présentaient que le jeu selon l’imagination des 4 As.  Cette intro étant faite, les 4 As se rendent au Canada, en tant qu’invités au 27ième congrès des héros de la bande dessinée.


Si j’en crois les silos, la tour de l’horloge et le Marché Bonsecours, ça se passe à Montréal.  Ils sont accueillis par un québécois, monsieur Lafleur, qui va les loger chez lui pour le temps du congrès.


Un congrès de personnages de BD au Canada, et pas un seul personnage de BD du Canada.

Ils passent en entrevue sur la chaîne TV Québec, en faisant des références à certaines de leurs anciennes aventures, références qui échappent à ceux qui, comme moi, n’ont jamais lu un de leurs album avant celui-là.

Et c’est là qu’apparaissent les premières manifestations de la parlure québécoise de Lafleur.  (Texte sous-titré pour malenquébécoiphonant.)

Enchaînons dans l’espace, où les 4 As sont dans la navette qu–!?

Euh… Ok!  Ça a ben l’air qu’il y a vraiment une version russe des 4 As, donc que l’intro était réel.  Tandis que les 4 As russes ont des ennuis, Lafleur amène les 4 As belges à son chalet dans l’nord.


Gag classique du gars qui parle de vie sauvage alors qu’il a tout le confort moderne dans sa cabane, y compris une… euh… table électronique pour sa TV!?  La même image montre également le genre de gag que je me me serais jamais attendu à voir dans une BD destinée aux enfants. 

Le lendemain, Lafleur les amène faire un tour en canoë tout en traduisant en québécois ce que dit Dina.

Évidemment, de toutes les places sur la planète, il fallait que les 4 As russes se posent là où sont les 4 As belges.

Heureux de ne pas être tombés aux USA, les 4 As russes tentent de réparer leur navette.  Apparemment, ils sont trop gniochons pour savoir que même en parfait état de marche, une navette spatiale n’est pas conçue pour le vol atmosphérique.  Ils s’essayent tout de même, en allant sans cesse emprunter des outils  chez Lafleur.  Hélas, ils finissent par se faire repérer.

Le lever du jour est salué par un coq canadien (Ça se voit à sa crête.)  Et c’est là que, constatant que les russes lui ont pris son canoë, Lafleur nous sert la quasi-inévitable variante de Tabarnak!

À partir de là, l’histoire se déplace à Québec, aux alentours du château Frontenac, où un agent de la CIA nommé Anabol, qui est un sosie de Stallone en Rambo, cherche à retrouver la navette russe.  À ça se mêle un fou qui se prend pour Napoléon. L’action s’enchaîne à rythme fou.  C’est décousu, c’est brouillon, c’est pèle-mêle.  Finalement, j’me rappelle même plus comment, mais les 4 As belges et les 4 As Russes se retrouvent tous ensemble sur un bateau de guerre russe.  Bref, tout est bien qui finit bien.


En passant, de tout l’album, personne n’a jamais fait de cas de la ressemblance entre les 4 As russes et les 4 As belges, ce qui rend la chose encore plus crackpot.

Représentation du Québécois.
Lafleur est un gros moustachu.  Il y a aussi une police montée (En uniforme de Mountie, of course!) qui est également un gros moustachu.  Mais si je me souviens bien, dans les années 80, les adultes dans la quarantaine avaient majoritairement l’air de ça.  Les autres québécois, comme ceux qui vont à la rencontre des 4 As russes sont gentils, accueillants.  Bref, une représentation flatteuse.

Clichés canadien et/ou québécois.
Oui, c’est vrai, cet album contient des clichés mille fois utilisés dans une aventure se déroulant au Québec: Le froid, la neige, la vie de bûcheron, la chemise à carreaux, l’érable présente dans la majorité de notre bouffe, le Mountie en uniforme, et l’inévitable Cabane au Canada en face d’un lac, chose que l’on retrouvait déjà dans Khéna et le Scrameustache; le totem de l’Espace.

Mais bon, peut-on en vouloir aux bédéistes étranger de vouloir se dépayser un peu?  Dessiner les rues du centre-ville de Montréal, ce n’est pas tellement différent des rues du centre-ville de Paris, Bruxelles, Londres, New-York ou Tokyo.  

Le québécois parlé et/ou écrit.
Lafleur commence fort avec sa ouananiche.  Mais pour le reste, on entend ça souvent: J’cré ben, mon camp (prononcer campe), mon chum, c’est plate, par icite, les mesures en pieds et en pouces malgré le système métrique implanté depuis les années 70…  Deux choses inévitables: L’utilisation de tabernacle, et la mauvaise utilisation de tabernacle, soit Tabernac au lieu de Tabarnak.

Le scénariste a manqué une belle opportunité de faire québécois dans la scène où ils vont à la pêche.  Ils chantent V’là l’bon vent, dont les paroles sont:

Derrièr’ chez nous y a un étang
Derrièr’ chez nous y a un étang
Trois beaux canards s’en vont baignant.

V’là l’bon vent, v’là l’joli vent
V’là l’bon vent, ma mie m’appelle,
V’là l’bon vent, v’là l’joli vent
V’là l’bon vent, ma mie m’attend.

Le fils du roi s’en va chassant
Le fils du roi s’en va chassant
Avec son beau fusil d’argent.

Ils auraient dû nous donner la version québécoise, La p’tite jument.

Trois beaux canards s’en vont baignant
Envoye, envoye la p’tite jument
Trois beaux canards s’en vont baignant
Envoye, envoye la p’tite jument

Le fils du roi s’en va chassant
P’tite, p’tite, p’tite, p’tite, p’tite…

Ceci dit, c’est la première fois que je lis une BD étrangère dans laquelle la représentation du québécois est meilleure que l’album lui-même.  Peut-être l’aurais-je mieux apprécié si j’avais lu les 25 précédent.  Mais là, j’ai trouvé ça mauvais en Tabernac!

LA SEMAINE PROCHAINE:  Je disais plus haut que dessiner le centre-ville de Montréal ou n’importe quelle autre centre-ville, c’est un peu du pareil au même.  Ben voilà: Je montrerai des pages de Batman et autres comics de DC qui se passent à Montréal, sans vraiment montrer que c’est Montréal.

____
Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 3.




 

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans BD québécoise, European Comics, Le québécois dans la BD internationale. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Le Québécois dans la BD internationale 11

  1. Moi, j’étais un grand fan des 4 As. C’était, et de loin, ma série BD préférée, entre 9 et 12 ans (donc entre 1976 et 79). Je peux donc apporter quelques petites précisions :

    D’abord, les premiers albums sont très bons… les 13 ou 14 premiers… Puis, effectivement, ça s’est mis à devenir de la schnoute!! Tellement que, même à 13-14 ans, j’avais conscience de la médiocrité des nouveaux scénarios… et j’ai pourtant toujours été un très bon public, assez bonbon, qui pardonne facilement!!! C’est dire la débâcle que j’ai ressentie en constatant que ma série préférée s’en allait à vau-l’eau!! Je n’ai même pas acheté, ni même lu ce tome qui se passe au Québec, tellement j’étais en réaction contre la série!! ;^)

    Deux détails sur ta chronique. Primo, si la série passait dans les Tintin, ce devait être au tout début! Le site BD oubliées n’en répertorie aucun (mais il est peut-être incomplet?!). Chose certaine, jamais les auteurs n’avaient inséré ce genre de lecture douteuse dans les 14 premiers tomes… et je ne crois pas que ça aurait passé le diktat des éditeurs de chez Tintin non plus!! ;^)
    Secundo, le fou qui se prend pour Napoléon, c’est un personnage récurent, qu’on découvre dès le tome #2, mais qui fera quelques apparitions dans les derniers (mauvais!!) tomes.

    Finalement, merci à Sergio Salma qui a eu l’honneur de scénariser le dernier tome de la série (#43), joliment dessiné par Alain Maury, Ils en ont fait un bel hommage aux premiers tomes, plus réaliste, qui parvient même à expliquer la médiocrité des 26 ou 28 tomes précédents. J’ai d’ailleurs critiqué cet album, ici même, dans ma Lucarne :

    http://www.lalucarnealuneau.com/critiques/4-as/genialissime-renouveau-salutaire-65.html

    Merci pour ce joli tour d’horizon du Québec à travers le 9e art international. Toujours un plaisir de te lire!

    Aimé par 1 personne

  2. Tori dit :

    J’ai lu beaucoup d’albums des 4 as, et j’ai toujours eu du mal à classer cette série : on est dans la parodie, dans le non-sens, les histoires sont décousues, les événements improbables et l’enchaînement de ceux-ci encore plus et pourtant elle a un certain charme qui fait que j’aime bien en lire un album de temps en temps… Mais il faut être dans les bonnes dispositions, pour ça. C’est le contraire d’un livre où il faut être concentré. Je me dis que ce sont des histoires qui ressemblent un peu à des rêves, en fait, entre le côté décousu et le côté improbable.

    Aimé par 1 personne

  3. Tori dit :

    Ah, tiens, je n’avais pas vu le message de Pierre-Greg Luneau avant de mettre le mien (en même temps, il a dû l’écrire pendant que je lisais l’article, au regard des heures respectives de nos deux messages)… Et en lisant sa chronique du tome écrit par Salma et dessiné par Maury (que je n’ai pas lu), je m’aperçois que leur explication rejoint mon ressenti… Comme quoi…

    Aimé par 1 personne

  4. Jacques Hébert dit :

    Bonjour M. Requin!
    Le personnage de Lafleur est inspiré de « feu » Réal Fillion, un des fondateurs du Festival de la bd de Québec où Craenhals est venu à maintes reprises 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Steve Requin dit :

      Ça explique un détail qui m’intriguait: Le fait que Monsieur Lafleur a presque toujours le visage pris du même angle. je suppose que le dessinateur n’avait qu’une seule photo en référence.

      J'aime

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