Spécial Ciné-Cadeau: Daisy Town, 9 leçons de vie tristement réalistes.

Lorsque revient le temps des fêtes, la chaine Télé Québec nous présente quelques dessins animés classiques tels Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre, Les 12 Travaux d’Astérix, ainsi que des aventures de Lucky Luke telles La Ballade des Dalton et Daisy Town.  Voici d’ailleurs l’horaire de la programmation 2016-2017.  

Avec les années, d’autres dessins animés de ces deux séries se sont ajoutées à la programmation. Mais pour aussi loin que je me souviens, et j’ai tout de même 48 ans, ces cinq-là ont toujours fait partie de cette tradition. Et puisque c’est une tradition, je les regarde sans faute à chaque année.

Or, en prenant de l’âge, notre perception change. Ces films que je regardais autrefois avec des yeux d’enfant, je les vois aujourd’hui avec des yeux d’adulte. Ça m’a permis de constater que Daisy Town contient les neuf leçons de vie suivantes:

LEÇON 1: L’intimidation et le terrorisme, ça fonctionne.
Depuis tout récemment, on peut enfin voir en version non-censurée le speech final de l’épisode 201 de South Park, sorti en 2010, dans lequel Kyle nous dit exactement çaIl ne nous apprend cependant rien puisque, presque quarante ans plus tôt, c’est ce que nous montrent les citoyens de Daisy Town face à la menace que constituent les Dalton.

LEÇON 2: Les gens sont si lâches qu’ils préfèrent protéger leurs agresseurs plutôt que d’aider la Justice à les arrêter.
C’est ce que fait la population de Daisy Town en étalant généreusement les sophismes. 

D’abord ils rendent positifs les gestes négatifs des Dalton, appelant ça du progrès.  Et ensuite, ils rendent négatifs les gestes positifs de Lucky Luke, appelant ça une entrave au progrès.
Ils peuvent bien s’opposer à Lucky Luke.  Ce n’est pas un bandit.  Il n’est ni menaçant ni dangereux, LUI!

LEÇON 3: On ne peut pas aider une victime consentante.
Les citoyens de Daisy Town commencent par demander à Lucky Luke de les aider car ils n’en peuvent plus de vivre sous la menace de la racaille.  Mais dès qu’il cherche à s’attaquer à la racaille qui les menace, ce qui est pourtant ce qu’ils lui ont demandé de faire, ils changent d’avis et essayent de l’en dissuader.   Ce thème avait déjà été abordé deux ans plus tôt dans l’album Jesse James, en remplaçant Daisy Town par Nothing Gulch, et les frères Dalton par les cousins James.  Et tout comme dans cet album, Lucky Luke se trouve écoeuré par tant de couardise.  De toute façon, puisqu’il est  impossible de se battre à la fois contre les agresseurs et les agressés, il ne lui reste qu’une seule option:

LEÇON 4: Il faut diviser pour régner.
C’est ce que font les Dalton: Par la terreur, ils divisent Lucky Luke des citoyens de Daisy Town, ce qui leur permet de régner sur la ville.  Plus tard, Lucky Luke prend sa revanche en profitant de la naïveté d’Averell en lui montant la tête contre ses frères, divisant ainsi les Dalton, ce qui lui permet d’en venir à bout.

LEÇON 5: Les soi-disant « bons » ne valent pas toujours mieux que les « méchants ».  Même qu’ils sont parfois moins honnêtes que ces derniers.
Vers la fin, réalisant qu’il ne pourra pas arrêter la civilisation des hommes blancs, le chef indien leur propose un arrangement en échange de l’occupation de ses terres:

Lucky Luke, qui semble se prendre pour le porte-parole de la civilisation blanche, accepte au nom de son peuple.  La paix est rétablie.  Happy end?  Pas pour les amérindiens, en tout cas.  On n’a qu’à ouvrir n’importe quel bouquin sur l’histoire du Far West pour le voir.  Non, le seul à être honnête avec eux, le seul qui va les prévenir au sujet du sort véritable que l’homme blanc leur réserve, c’est Joe Dalton.

LEÇON 6: Dès qu’il est question de profit, la loyauté fout le camp.
Quelle récompense reçoivent les Dalton de la part des indiens, après avoir prévenus ceux-ci contre les méfaits futurs de l’homme blanc envers leur peuple?  Une seule chose: La trahison! 

Du côté des citoyens de Daisy Town, même chose.  Ils ont passé les premiers 9/10e du film à fonder et défendre Daisy Town, à être fiers de leur ville, comme le démontre le maire qui nous sert ce discours deux fois de suite

Cependant, il suffit qu’un vieux gâteux vienne annoncer:

.. pour que tout le monde abandonne la ville pour le profit. Et malgré son beau discours, le maire n’est pas le dernier à le faire. Il est, au contraire, le tout premier.

LEÇON 7: Sois présent pour les gens qui sont dans le besoin, ces gens t’abandonneront lorsque tout ira bien.
En effet, dès que la richesse arrive, tout le monde s’en va et abandonne Lucky Luke sans hésitation ni la moindre petite pensée pour lui qui a tant fait pour eux.

Cette réaction a beau être injuste, elle n’en est pas moins normale.  C’est que, consciemment ou non, Lucky Luke représente ce qu’il y a de pire en eux, car sa présence est étroitement reliée à … :

  • Leur faiblesse, car ils lui ont demandé son aide.
  • Leur lâcheté, car ils se sont retournés contre lui par peur des Dalton.
  • Leur hypocrisie, car ils ont agi comme si le problème était Luke, et non les Dalton.
  • Leur cupidité, car ils ont tout abandonné à la seconde même où ils ont appris qu’il y avait de l’or dans les collines.
  • Leur déloyauté, car ils ont abandonné Daisy Town, pourtant supposée si chère à leurs yeux.

Dans de telles conditions, inviter Luke à profiter de leur nouvelle fortune, ça leur rappellerait, à chaque fois qu’ils le verraient, à quel point ils sont faibles, lâches, hypocrites, cupides et déloyaux.  Voilà pourquoi, dès qu’ils en ont eu l’occasion, ils l’ont fui. C’était la solution la plus facile, pour s’éviter la honte d’avoir à faire face à leurs propres travers. 

LEÇON 8: Aider les gens qui ne sont pas capables de se sortir de leurs problèmes par eux-mêmes, c’est une perte de temps.
Après que Lucky Luke ait consacré son temps et ses énergies à faire de Daisy Town un endroit où il fait bon vivre, les citoyens abandonnent la place, la laissant tomber en ruine.
Et celui qui a fait le plus d’efforts pour sauver cette ville, et ce pour absolument rien, c’est celui qui était le moins concerné, puisqu’il n’y habitait même pas.  Ce qui démontre que dans le fond, les citoyens de Daisy Town n’en avaient rien à chier de leur ville.  Sinon, ils auraient fait l’effort de régler leurs problèmes eux-mêmes, au lieu de refiler cette tâche à un étranger de passage, sans jamais l’aider à accomplir cette tâche.

LEÇON 9: Plus tu vas te démener bénévolement pour autrui, moins tu recevras de respect de leur part.
Si tu n’accordes aucune valeur à tes services, les gens considéreront que tes services ne valent rien.  Pas surprenant qu’ils ont tenté de faire obstacle à Luke au début, et qu’ils l’ont abandonné à la fin.  Il ne faut pas s’étonner après ça si ce cowboy se retrouve toujours aussi poor que lonesome à la fin de ses aventures.
Lucky Luke, un héros?  Non, juste une bonne poire qui se laisse exploiter par des gens qui n’en valent pas la peine.

Daisy Town, ce n’est pas seulement un dessin animé destiné à amuser les enfants. C’est un regard impitoyable sur la vie, sur les gens, et sur la société.  Et si ce regard n’en voit rien de bon, c’est hélas parce qu’il n’est que trop réaliste. 

Et pour la petite Histoire: Lorsque ce film est sorti en 1971, son titre était Lucky Luke, tout simplement, car il s’agissait de sa toute première apparition sous forme de dessin animé. Ce n’est qu’en 1983 que le titre changera pour Daisy Town, lorsqu’il sera adapté sous forme d’album de BD.  Et parfois, il porte ses deux titres, soit Lucky Luke, Daisy Town.

____
Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à faire des analyses psychologiques de dessins animés européens, je fais de la bande dessinée québécoise.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 8.


 

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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2 commentaires pour Spécial Ciné-Cadeau: Daisy Town, 9 leçons de vie tristement réalistes.

  1. Wow… vraiment un de tes meilleurs… je me prosterne!

    Aimé par 1 personne

    • Steve Requin dit :

      Ah? Ceci est le second compliment du genre que je reçois pour ce billet, l’autre est en privé sur Facebook. Vous m’en voyez surpris. Ravi, mais surpris.

      Même lorsque j’étais enfant, j’étais souvent en désaccord avec les messages que véhiculait Goscinny dans certains de ses scénarios. D’ailleurs, la semaine prochaine, je m’attaque à Astérix et Cléopâtre.

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