Spécial Ciné-Cadeau: Daisy Town, 9 leçons de vie tristement réalistes.

Lorsque revient le temps des fêtes, la chaine Télé Québec nous présente quelques dessins animés classiques tels Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre, Les 12 Travaux d’Astérix, ainsi que des aventures de Lucky Luke telles La Ballade des Dalton et Daisy Town.  Voici d’ailleurs l’horaire de la programmation 2016-2017.  

Avec les années, d’autres dessins animés de ces deux séries se sont ajoutées à la programmation. Mais pour aussi loin que je me souviens, et j’ai tout de même 48 ans, ces cinq-là ont toujours fait partie de cette tradition. Et puisque c’est une tradition, je les regarde sans faute à chaque année.

Or, en prenant de l’âge, notre perception change. Ces films que je regardais autrefois avec des yeux d’enfant, je les vois aujourd’hui avec des yeux d’adulte. Ça m’a permis de constater que Daisy Town contient les neuf leçons de vie suivantes:

LEÇON 1: L’intimidation et le terrorisme, ça fonctionne.
Depuis tout récemment, on peut enfin voir en version non-censurée le speech final de l’épisode 201 de South Park, sorti en 2010, dans lequel Kyle nous dit exactement çaIl ne nous apprend cependant rien puisque, presque quarante ans plus tôt, c’est ce que nous montrent les citoyens de Daisy Town face à la menace que constituent les Dalton.

LEÇON 2: Les gens sont si lâches qu’ils préfèrent protéger leurs agresseurs plutôt que d’aider la Justice à les arrêter.
C’est ce que fait la population de Daisy Town en étalant généreusement les sophismes. 

D’abord ils rendent positifs les gestes négatifs des Dalton, appelant ça du progrès.  Et ensuite, ils rendent négatifs les gestes positifs de Lucky Luke, appelant ça une entrave au progrès.
Ils peuvent bien s’opposer à Lucky Luke.  Ce n’est pas un bandit.  Il n’est ni menaçant ni dangereux, LUI!

LEÇON 3: On ne peut pas aider une victime consentante.
Les citoyens de Daisy Town commencent par demander à Lucky Luke de les aider car ils n’en peuvent plus de vivre sous la menace de la racaille.  Mais dès qu’il cherche à s’attaquer à la racaille qui les menace, ce qui est pourtant ce qu’ils lui ont demandé de faire, ils changent d’avis et essayent de l’en dissuader.   Ce thème avait déjà été abordé deux ans plus tôt dans l’album Jesse James, en remplaçant Daisy Town par Nothing Gulch, et les frères Dalton par les cousins James.  Et tout comme dans cet album, Lucky Luke se trouve écoeuré par tant de couardise.  De toute façon, puisqu’il est  impossible de se battre à la fois contre les agresseurs et les agressés, il ne lui reste qu’une seule option:

LEÇON 4: Il faut diviser pour régner.
C’est ce que font les Dalton: Par la terreur, ils divisent Lucky Luke des citoyens de Daisy Town, ce qui leur permet de régner sur la ville.  Plus tard, Lucky Luke prend sa revanche en profitant de la naïveté d’Averell en lui montant la tête contre ses frères, divisant ainsi les Dalton, ce qui lui permet d’en venir à bout.

LEÇON 5: Les soi-disant « bons » ne valent pas toujours mieux que les « méchants ».  Même qu’ils sont parfois moins honnêtes que ces derniers.
Vers la fin, réalisant qu’il ne pourra pas arrêter la civilisation des hommes blancs, le chef indien leur propose un arrangement en échange de l’occupation de ses terres:

Lucky Luke, qui semble se prendre pour le porte-parole de la civilisation blanche, accepte au nom de son peuple.  La paix est rétablie.  Happy end?  Pas pour les amérindiens, en tout cas.  On n’a qu’à ouvrir n’importe quel bouquin sur l’histoire du Far West pour le voir.  Non, le seul à être honnête avec eux, le seul qui va les prévenir au sujet du sort véritable que l’homme blanc leur réserve, c’est Joe Dalton.

LEÇON 6: Dès qu’il est question de profit, la loyauté fout le camp.
Quelle récompense reçoivent les Dalton de la part des indiens, après avoir prévenus ceux-ci contre les méfaits futurs de l’homme blanc envers leur peuple?  Une seule chose: La trahison! 

Du côté des citoyens de Daisy Town, même chose.  Ils ont passé les premiers 9/10e du film à fonder et défendre Daisy Town, à être fiers de leur ville, comme le démontre le maire qui nous sert ce discours deux fois de suite

Cependant, il suffit qu’un vieux gâteux vienne annoncer:

.. pour que tout le monde abandonne la ville pour le profit. Et malgré son beau discours, le maire n’est pas le dernier à le faire. Il est, au contraire, le tout premier.

LEÇON 7: Sois présent pour les gens qui sont dans le besoin, ces gens t’abandonneront lorsque tout ira bien.
En effet, dès que la richesse arrive, tout le monde s’en va et abandonne Lucky Luke sans hésitation ni la moindre petite pensée pour lui qui a tant fait pour eux.

Cette réaction a beau être injuste, elle n’en est pas moins normale.  C’est que, consciemment ou non, Lucky Luke représente ce qu’il y a de pire en eux, car sa présence est étroitement reliée à … :

  • Leur faiblesse, car ils lui ont demandé son aide.
  • Leur lâcheté, car ils se sont retournés contre lui par peur des Dalton.
  • Leur hypocrisie, car ils ont agi comme si le problème était Luke, et non les Dalton.
  • Leur cupidité, car ils ont tout abandonné à la seconde même où ils ont appris qu’il y avait de l’or dans les collines.
  • Leur déloyauté, car ils ont abandonné Daisy Town, pourtant supposée si chère à leurs yeux.

Dans de telles conditions, inviter Luke à profiter de leur nouvelle fortune, ça leur rappellerait, à chaque fois qu’ils le verraient, à quel point ils sont faibles, lâches, hypocrites, cupides et déloyaux.  Voilà pourquoi, dès qu’ils en ont eu l’occasion, ils l’ont fui. C’était la solution la plus facile, pour s’éviter la honte d’avoir à faire face à leurs propres travers. 

LEÇON 8: Aider les gens qui ne sont pas capables de se sortir de leurs problèmes par eux-mêmes, c’est une perte de temps.
Après que Lucky Luke ait consacré son temps et ses énergies à faire de Daisy Town un endroit où il fait bon vivre, les citoyens abandonnent la place, la laissant tomber en ruine.
Et celui qui a fait le plus d’efforts pour sauver cette ville, et ce pour absolument rien, c’est celui qui était le moins concerné, puisqu’il n’y habitait même pas.  Ce qui démontre que dans le fond, les citoyens de Daisy Town n’en avaient rien à chier de leur ville.  Sinon, ils auraient fait l’effort de régler leurs problèmes eux-mêmes, au lieu de refiler cette tâche à un étranger de passage, sans jamais l’aider à accomplir cette tâche.

LEÇON 9: Plus tu vas te démener bénévolement pour autrui, moins tu recevras de respect de leur part.
Si tu n’accordes aucune valeur à tes services, les gens considéreront que tes services ne valent rien.  Pas surprenant qu’ils ont tenté de faire obstacle à Luke au début, et qu’ils l’ont abandonné à la fin.  Il ne faut pas s’étonner après ça si ce cowboy se retrouve toujours aussi poor que lonesome à la fin de ses aventures.
Lucky Luke, un héros?  Non, juste une bonne poire qui se laisse exploiter par des gens qui n’en valent pas la peine.

Daisy Town, ce n’est pas seulement un dessin animé destiné à amuser les enfants. C’est un regard impitoyable sur la vie, sur les gens, et sur la société.  Et si ce regard n’en voit rien de bon, c’est hélas parce qu’il n’est que trop réaliste. 

Et pour la petite Histoire: Lorsque ce film est sorti en 1971, son titre était Lucky Luke, tout simplement, car il s’agissait de sa toute première apparition sous forme de dessin animé. Ce n’est qu’en 1983 que le titre changera pour Daisy Town, lorsqu’il sera adapté sous forme d’album de BD.  Et parfois, il porte ses deux titres, soit Lucky Luke, Daisy Town.

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Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à faire des analyses psychologiques de dessins animés européens, je fais de la bande dessinée québécoise.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 8.


 

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Captain America et Bucky à Québec

Il y a deux semaines, dans l’article La ville de Québec chez Marvel et DC, je disais ceci:

La ville de Québec est apparue pour la première fois chez Marvel en 1943 sous le crayonné de Syd Shores encré par Vince Alascia.  C’était dans Captain America vol.1 n° 27, à l’époque où Marvel s’appelait encore Timely Comics. Je n’en ai hélas trouvé que cette seule image, sur le net.

Quelques jours plus tard, j’ai reçu un superbe cadeau de la part de Sim Theury: Une copie de Captain America no.27. Grâce à sa générosité, j’ai aujourd’hui le plaisir de vous présenter cette aventure dans son intégralité.  


Que Captain America n’utilise pas d’arme à feu en pleine seconde guerre mondiale, on a tous été habitué à l’idée.  Ça rend encore plus surprenant le fait que Bucky, qui a entre 12 et 14 ans, utilise une mitraillette, modèle Chicago / Al Capone et non un modèle de l’U.S. Army, et tire les nazis en pleine tronche.

Ce comic contient deux aventures de Cap & Bucky, et une de La Torche Humaine (Jim Hammond, l’originale torche humaine, et non Johnny Storm) et son partenaire adolescent en slip, Toro.  On va se contenter de lire l’aventure de Cap qui se passe à Québec.  C’est parti!


Plutôt minuscules, les bûchers.  À peine de quoi réchauffer les bottes.





Si la ville de Québec est bien représentée, on ne peut pas en dire autant de la langue française.  











































Le bilan.
Côté représentation de la ville de Québec. 1942, c’était un peu avant moi, alors il me serait difficile de comparer le Québec de cette BD avec le Québec réel de l’époque.  Mais dans l’ensemble, le dessinateur a l’air d’avoir été bien documenté.  On reconnait bien le Château Frontenac.  Il y a même une apparition de la statue de Champlain de la Terrasse Dufferin, du moins son piédestal. 

Par contre, le scénariste était peut-être un peu en retard sur les nouvelles. En 1942, ça faisait sept ans que le pont de l’Île-d’Orléans existait.  Il n’y avait donc plus besoin de créer un pont de glace.

Côté langue française parlée et écrite, le peu qu’il y a est loin d’être parfait.

  • Je vois mal un canayen-françâ dire dans un moment de colère « Sacre bleu! Diable! L’enfant terrible. »
  • Pas de Monsieur, mais m’sieur, m’sieu et m’sier.
  • Chambers a lours au lieu de chambres à louer.

Curiosités diverses.
Les lignes rouges et blanches de l’uniforme de Cap lui couvrent le ventre mais non le dos.  Or, officiellement, dans l’univers Marvel, ce costume aux lignes manquantes appartient au faux Captain America des années 50. Je suppose que Timely Comics n’était pas l’univers 616.

Ah, et ce comic est un superbe exemple de propagande de guerre dans lequel on démonise l’ennemi.  Dans notre réalité, les allemands de la seconde guerre mondiale étaient reconnus pour être majoritairement beaux.  Ici, ils ont des tronches de néandertaliens.

Merci à Sim Theury pour sa précieuse collaboration.  Allez visiter sa page Le Cabinet de Curiosités Marvel

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Et à part de t’ça.

Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 7.

 

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Montréal chez Marvel Comics

J’ai trouvé d’autres apparitions de Montréal dans les comics depuis mon article d’il y a deux semaines, et celles-là sont toutes de Marvel.  

En 1977, lorsque j’étais enfant, je me souviens d’avoir vu un reportage   à Télé-Métropole     au Canal 10     à CFTM   à TVA au sujet d’un cascadeur masqué portant un flamboyant costume.  On l’y voyait, attaché sur le toit d’un DC-8 en plein vol.  Les journalistes québécois l’avaient baptisé L’Homme Volant, une mauvaise traduction de son nom véritable, The Human Fly.  Faut tout de même reconnaître que ça sonne mieux que La Mouche Humaine.  Il est même passé en entrevue dans un talk show nommé Parle parle, jase jase animé par Réal Giguère, si je me souviens bien, à l’occasion de son passage à Montréal.  Il était venu dans le but d’y accomplir une cascade spectaculaire: Battre le record d’Evel Knievel.  Knievel avait sauté en moto par-dessus 13 autobus. Fly s’était mis comme défi d’en sauter le double, au Stade Olympique de Montréal, pendant l’intermission du show de Gloria Gaynor.  

Ce même Human Fly avait sa propre série de comics publiée par Marvel.  Et dans The Human Fly no.11 paru en juillet 1978, il se rappelle de la dernière fois où il a donné un show à Montréal.  Ce même show dont je parle plus haut.


Apparemment, le Stade Olympique est situé dans le Vieux Montréal, près de La Cour d’Appel Fédérale, coin Notre Dame et St-Gabriel.

Je suis étonné que le dessinateur n’ait trouvé aucune référence photo pour une  structure aussi connue que le Stade Olympique de Montréal.  Je veux bien croire que c’était à l’ère pré-internet, faut pas oublier que deux ans plus tôt, lors des olympiades de ’76, des photos de l’endroit étaient publiées dans tous les journaux de la planète.




Voici la version filmée du saut:

 Dans le comic, l’Homme Volant s’est remis de son accident et a poursuivi sa carrière de cascadeur.  Il devient même chanteur, histoire d’annoncer, à la fin du comic, la sortie prochaine de l’album du vrai Human Fly.


Mais dans la vraie vie, non seulement cet album n’est-il jamais paru, L’Homme Zipper n’a réalisé que ces deux cascades.   Et après l’échec de son saut au Stade Olympique, il a totalement disparu.  On en parle aussi sur sa page Wikipedia.  L’accident, et plusieurs autres détails au sujet de la courte carrière du Human Fly, est également relaté sur la page The Rocketman.com, section Human Fly, par celui qui a construit sa moto-fusée. (Image tirée de cette page.)

Passons maintenant à Alpha Flight no.30, car s’il y a une série de Marvel où Montréal est le plus souvent représenté, c’est bien chez cette équipe de super-héros canadiens.  On y voit leur chef, Heather Hudson, se rendre à l’Hôpital Général de Montréal, découvrir que son coéquipier Madison Jeffries (Mutant pouvant remodeler le métal) a un frère, Lionel Jeffries (Mutant pouvant remodeler le corps humain).  



Pour être franc, je ne reconnais pas tellement l’architecture, peu importe sous quel angle je regarde l’hôpital.  Mais c’est peut-être juste moi.  

Dans le numéro suivant, toujours à Montréal, l’équipe affronte Deadly Ernest, un homme mort revenu à la vie grâce à Lionel qui l’a reconstitué.  Ernest a le pouvoir de tuer d’un simple contact physique.  Le tout est dessiné par un pré-Hellboy Mike Mignola, dont le style est rendu méconnaissable par l’encrage de Gerry Talaoc.




Cette rue a un petit feeling Sainte-Catherine près de St-Laurent des années 80, à ceci près que la Loi 178 n’aurait pas permis l’affichage unilingue anglais pour les commerces.

Deadly Ernest est d’abord apparu dans Alpha Flight numéro 7 (1983), et a été tué dans le numéro suivant par Nemesis, que l’on n’a plus revu depuis.  Puisque Ernest est revenu, alors Nemesis aussi.


Place d’Armes, la statue de Jacques Cartier, le musée de la Banque de Montréal, tout est fidèlement représenté.  À ce détail près qu’il s’agit de Paul Chomedey de Maisonneuve et non Jacques Cartier. 

On retourne donc à l’hôpital où les membres d’Alpha Flight s’apprêtent à quitter Lionel. Là encore, peu importe sous quel angle je regarde l’hôpital, ce dessin semble plus l’évoquer que le représenter.

Un infirmier leur apprend que le corps de Deadly Ernest est disparu de la morgue.  Ils se lancent à sa poursuite, tandis que Nemesis survole la silhouette de la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde.


Le décor me semble évoquer l’UQÀM, coin Ste-Catherine et St-Denis.

Ça signifierait que la station de métro est Berri-UQÀM.  Elle me rappelle plutôt la station Peel, sans toutefois lui ressembler tout à fait.  Quant au panneau de métro, c’est presque ça!

Cette manie de dessiner les choses semi-ressemblantes (à part pour Place d’Armes) me donne l’impression que Mignola aurait déjà visité Montréal et l’aurait redessiné selon ses souvenirs, plutôt qu’en utilisant des photos en références.

Alpha Flight et Nemesis retrouvent Ernest.  Ce dernier arrive à affecter la moitié des héros de son toucher mortel, avant de s’enfuir dans le tunnel en prenant Heather en otage. 

Tandis que Nemesis utilise ses pouvoirs pour garder les victimes en animation suspendue, elle prête sa lame à Puck qui re-découpe Ernest en morceaux, avant que ceux-ci se fassent écrapou par un métro qui aurait été déjà plus ressemblant s’il avait été de la bonne couleur.

Nemesis utilise sa lame pour rendre aux victimes leur énergie vitale, et tout est bien qui finit bien.

Passons maintenant à Uncanny X-Men.  Dans le numéro 414 (2012), Charles Xavier se rend à Montréal recruter Jean-Paul Beaubier alias Northstar.  Montréal y apparaît en spash page, aux pages 2 et 3.  Un Montréal apparemment situé au bord de la mer.

Vous en voulez une, cherchée loin?  En 1950, il y avait une série mettant en vedette un agent secret américain, Kent Blake of the Secret Service. Chaque comic avait plusieurs courtes histoires. Dans le numéro 3, la seconde s’intitule The Stolen Plans.  Kent fait équipe avec un agent secret de France, Monsieur Lavalle, pour intercepter des communistes qui essayent de transmettre un microfilm. En écorniflant un agent ennemi, Kent se fait repérer et assommer. L’histoire se déplace éventuellement vers Montréal.


Bon, on ne voit de Montréal que des arbres et des rails de chemin de fer.  Mais la place est mentionnée, c’est déjà ça.  

Enfin, il arrive parfois, très très rarement, qu’une ville du Québec autre que Montréal ou Québec soit représentée chez Marvel. C’est le cas de Sainte-Anne de Beaupré, dans Alpha Flight vol.1 no.81, où on voit que Jeanne-Marie Beaubier / Aurora est devenue religieuse.


Le dessinateur ne s’est pas fait chier à dessiner l’église.  Il en a juste passé une photo à la photocopieuse.

J’ai plusieurs autres exemples de Montréal chez Marvel, mais ça doublerait la longueur de l’article.  On y reviendra dans deux semaines.  En attendant…:

LA SEMAINE PROCHAINE: Captain America et Bucky passent leurs vacances de Noël à Québec, sur les glissades de la Terrasse Dufferin, capturant des espions nazis sur l’Île d’Orléans.

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Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 6.


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La ville de Québec chez Marvel et DC.

La ville de Québec est apparue pour la première fois chez Marvel en 1943 sous le crayonné de Syd Shores encré par Vince Alascia.  C’était dans Captain America vol.1 n° 27, à l’époque où Marvel s’appelait encore Timely Comics. Je n’en ai hélas trouvé que cette seule image, sur le net.

Dans ce numéro, le Baron von Hartmann, un espion nazi, s’installe à l’ambassade d’Allemagne située dans la ville de Québec afin de s’emparer des secrets militaires que le Premier Ministre William McKenzie King transmettait aux USA.  Il y parvint, mais quel hasard, Captain America et Bucky étaient justement en vacances à Québec, et ont pu récupérer les documents.  

Toujours chez Marvel, en 1994, la mini-série Northstar explore le passé felquiste-terroriste du personnage titre.

Entre autres, lors de flashback dans lequel il a été impliqué dans un attentat à la bombe qui devait faire sauter le terminus d’autobus de Québec en dehors de ses heures d’affaires.  Cependant, un dernier bus bondé de passager est arrivé en retard et a accidentellement sauté avec le reste. Dans le 3e numéro de cette série, le vilain Arcade, surtout connu pour être un ennemi des X-Men, recréé la scène dans Meurtremonde juste pour le tourmenter.

Cependant, dans le 4e et dernier numéro, sans la moindre explication, sa mémoire change, et maintenant il se souvient qu’en fait, il a sauvé les passagers.


Et c’est d’ailleurs suite à cette quasi-catastrophe qu’il a coupé les ponts avec le FLQ, et qu’il est allé entreprendre une carrière de champion olympique en ski.

En 2012, X-Men vol.3 n° 31 se termine alors qu’un mutant préhistorique géant se dirige vers la ville de Québec.

Aussi, le n° 32 commence alors que Storm tente de dissimuler la ville de la vue du géant en lui faisant subir la pire tempête (non enneigée) du siècle.



 En 1995, dans la série Amazing X-Men vol.1 n° 3, Bishop est capturé par Apocalypse et ses gros méchants du Temple de Madri, situé dans un Québec apparemment médiéval.  Faut croire que le dessinateur a entendu parler du Château Frontenac, et est resté stické sur la notion de château.

Au numéro suivant, de méconnaissables Storm et Quicksilver viennent le libérer.




Évidemment, puisque ça se passe au Québec, il fallait bien donner à ce temple un nom qui sonne local.

Ceci dit, c’est bien la première fois que je vois le mot tabernacle utilisé dans son sens véritable.

Chez DC Comics, le Québec est un pays indépendant depuis (au moins) 1978.
Dans les années 60, DC comics a commencé à se soucier d’un détail que, généralement, les longues séries de BD préfèrent ne pas aborder: La comparaison entre le temps passé dans leur univers fictif, et celui dans notre réalité:  Batman avait-il vraiment 50 ans? Est-ce que ça faisait 30 ans que Superman niaisait Lois Lane?  Et Wonder Woman vous ne trouvez pas qu’elle était vachement bien conservée pour une femme qui a combattu Hitler?  Ils ont donc trouvé la solution: Earth-Two, un univers parallèle dans lequel les héros originaux ont continué de vieillir en temps réel.   Batman et Catwoman sont mariés.  Robin est maintenant adulte.  Superman et Lois Lane sont également mariés.  Wonder Woman et Steve Trevor ont eu une fille, la demie-amazone nommée Fury.  Etc.

Bon, techniquement, puisqu’il s’agit des premiers héros de DC, ça aurait été plus logique d’appeler cet univers Earth-One.  Mais je suppose que DC avait quelques scrupules à l’idée que leur univers officiel s’appelle Earth-Two.

L’une des différences entre cet univers et Earth-One et/ou notre réalité, c’est qu’ici, le Québec est un pays indépendant du Canada.  En automne 1978 dans All Star Comics Presents the legendary Justice Society n° 74, ils présentent la chose comme suit:

« Montréal: Dans notre monde, c’est simplement la plus grande ville du Canada– et une ville déchirée par deux cultures.  Sur Terre-Deux cependant, la situation est quelque peu différente. »

« Ce Montréal est la capitale de Québec, la nation indépendante Canadienne-Française.  Aujourd’hui, les yeux du monde entier sont tournés vers Montréal. »… « Tout comme les yeux de trois membres de la Société de Justice, du sommet du Château Frontenac.  Et tous ces yeux sont rivés sur la Convention Internationale de la femme. » 

Ben oui, ça a l’air que sur Terre-Deux-qui-devrait-logiquement-s’appeler-plutôt-Terre-Un, le Château Frontenac est situé à Montréal.  Un Montréal qui est la capitale du pays, au lieu de la ville de Québec.  Est-ce qu’ils y ont également déménagé le Parlement, coudonc!?

Dans le Québec indépendant, les policiers portent le képi et l’uniforme français.

Avec l’âge, Flash n’a plus sa rapidité d’antan.  Il lui sera donc difficile se sauver l’assemblée, incluant la conférencière, Mademoiselle Milem. (Probablement une version DC de la féministe Gloria Steinem.)  Doctor Fate sauve la situation avec quelques représentants de la faune du Québec, des aigles dorés qui, comme on le sait tous, peuvent peser jusqu’à deux tonnes.  

Huntress sait se battre et est une bonne stratège.  Normal, elle a été entraînée par papa-Batman.  Grâce à ça, on lui accorde l’égalité avec les hommes.  Mais pour les autres femmes, la misogynie reste implacable.

Dans le Québec indépendant, on n’a pas peur de le dire: les féministes sont aussi stupides que fouteuses de bordel.  Vous essayez de changer comment la moitié de la population mondiale va traiter l’autre moitié, et vous ne croyez pas être un mouvement politique à l’échelle internationale? Wow! Fascinant comme vous pouvez être aveugle. 

Oui madame, le monde entre dans un stade critique.  Mais vous n’avez pas besoin de faire l’effort d’essayer de comprendre ça.  Contentez-vous de savoir qu’on a battu les méchants, et qu’on s’en va vite-vite.  Ça, au moins, votre intellect de femme va pouvoir le saisir.

La madame a inventé un traducteur universel.  Mais quand elle l’allume, ça fait le contraire, plus personne ne se comprend.  Voilà ce qui arrive quand on les laisse faire leurs preuves; elles prouvent leurs incompétence.  Et ça veut accéder à la présidence.  Pfff!  Allez, retournez à vos cuisines, et Heil Trump!

Le bilan: 

Représentation de Québec.
Assez inégal.  On reconnait bien l’endroit dans Captain America et dans X-Men.  Dans Northstar, le dessin ne montre que des buildings génériques.  Dans Amazing X-Men, c’est une version fantaisiste de la ville, alors dominée par Apocalypse.  Quant à Justice Society, avec son Château Frontenac situé à Montréal et gardé par des gendarmes français, c’est carrément n’importe quoi. 

Ceci dit, dans cette scène, on reconnait très bien la Terrase Dufferin du Vieux Québec, envahie par les vagues.


Euh… Un instant!  Envahie par les vagues!?  Savez-vous à quelle altitude elle est située, cette terrasse?  Cette image va vous en donner une petite idée.  Voyez ce que cette vague a eue à engloutir, avant de pouvoir se rendre jusque-là.

Avec les milliards de dollars en dommages que Storm a dû causer en inondant le Petit Champlain avec son tsunami, sans parler des centaines de noyés, elle aurait été aussi bien de laisser le géant se rendre en ville. Qui sait, peut-être avait-il juste envie d’un repas au Ciel!, le restaurant tournant situé sur Grande-Allée vers lequel il se dirige, comme on le voit dans cette image.

Clichés de Québec.
La majorité des apparitions de cette ville montrent le Château Frontenac.  Mais bon, étant donné que c’est leur plus grande structure historique, la plus haute placée, la plus visible, ça reste incontournable pour représenter la ville.

Le français parlé et/ou écrit.
Le très connu(?) Hôtel Susene situé dans le Vieux Québec.

LA SEMAINE PROCHAINE: On retourne à Montréal, puisque j’en ai trouvé d’autres depuis la semaine dernière.

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Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 5.

Publié dans Capitaine América, DC Comics, Le québécois dans la BD internationale, Marvel Comics | 5 commentaires

Montréal chez Marvel et DC

Cette semaine, nous allons faire un survol des apparitions de la ville de Montréal dans les comics de Marvel et DC.  Ou du moins, des apparitions que je n’avais pas déjà mentionnées dans de précédents billets.  Parfois on reconnait la ville, mais plus souvent qu’autrement, on ne s’y retrouve pas du tout.  

Tout d’abord, dans Detective Comics numéro 536 (1983), on en apprend une bonne: Alfred, l’employé de Batman, est père d’une fille nommée Julia qui habite à Montréal. Son père adoptif, qui s’appelle Jacques Remarque (Eh oui!) aurait engagé Deadshot pour tuer un petit criminel du nom de Henri LaRouche.  En fait, Remarque était un parisien impliqué dans le recel d’art international, et a été lui aussi assassiné. Batman et Alfred se rendent à Montréal, Alfred pour rencontrer sa fille, et Batman pour prêter main forte à l’Inspecteur LeBecque. (Quels noms!)

Si Alfred reconnaît sa fille, le lecteur montréalais aura du mal à reconnaître sa ville, avec ses décors génériques.  Dans notre réalité, il y a bien une rue Lorraine à Montréal, mais elle est située à Pierrefonds, dans le genre de quartier résidentiel où on ne retrouve pas de maison de chambres.

Changeons de série pour une plus récente et moins connue.  Dans plusieurs numéros de Blood of the Demon (2005), une série mettant en vedette Etrigan le démon qui parle comme Cyrano de Bergerac, il y a une histoire secondaire se déroule là encore dans un Montréal méconnaissable, à raison d’une page ou deux par comic.  Ça commence au numéro 3.


Ça continue au numéro 4.



La scène du numéro 5 se passe dans un endroit qui est un mélange de l’Armée du Salut et de la soupe populaire, la boiteusement-traduite mission Corps du Salv(ation).


Très subtil, quand on sait que Joshua, c’est une variante du nom de Jésus. Voilà pourquoi, après avoir multiplié les pains, ou du moins la soupe, il guérit ensuite les malades dans le numéro 7.


Et, dans le numéro 8, après avoir passé à la très connue émission Montréal Aujourd’hui  sur CBTV le tel(evision), chaine 13…


… il meurt et ressuscite.


Oui, Jésus est revenu parmi nous, et il est montréalais. Et ensuite il n’est plus question de Montréal, ils vont à Washington DC rencontrer le Président des Zétazunis.

Il n’y a que dans The New 52 numéro 17 (2012) que l’on reconnait vraiment la place telle qu’indiquée: La rue St-Denis.  Bien que les noms des commerces sont un peu n’importe quoi, on reconnait bien les terrasses situées en face du Théâtre Saint-Denis.

Quoique ça  m’étonnerait qu’avec notre fibre patrio-séparatiste ont ait une Boulangerie de la Reine.

Montréal n’est parfois que mentionné dans le texte.  Par exemple, dans Detective Comics 327 (1964), le super-héros détective Elonganted Man apprend qu’il y a eu un vol de diamants à Montréal.

Et ici, dans Batman 196 (1967), une riche famille de Gotham vont se faire cambrioler pendant qu’ils sont en voyage à Montréal, à l’Expo 67.

Toujours en 1967, dans Detective Comics 368, il y a un match entre les Giants de Gotham et les Royals de Québec.  

Dans la réalité, ce qui se rapproche de plus de ce club de hockey québécois, ce sont les Royaux de Montréal qui ont existé de 1932 à 1961.  Allez savoir si c’était une erreur du scénariste ou une référence délibérément brouillée.

Ceci dit, chez Marvel, ce n’est pas nécessairement mieux.  Bon, dans cette page tirée de Alpha Flight numéro 8 (1983), Northstar vole au-dessus de la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde. On y voit même le Sunlife Building et le square Dorchester, bien que celui-ci soit prolongé et passe à travers le boulevard René-Lévesque.

Dans Marvel Two-in-One numéro 83 publié en 1982, Ben Grimm (The Thing) doit recruter les services de Walter Langrowski (Sasquash de Alpha Flight).  Pour se faire, il se rend à l’Université McGill à Montréal…  

Une Université McGill fortement tronquée, si on la compare avec la réalité.

Dans le numéro suivant, le 84, on se rend au domicile de Northstar, dans la ville voisine de Laval.  … Euh, pardon; Lavalle. 

Qui sera plus tard « corrigé » en La Valle, dans Alpha Flight numéro 7, en 1983.

C’est dans ce même numéro que, si on lit entre les lignes, John Byrne nous montre de façon très très sous-entendue les retrouvailles entre Northstar et son premier amant, l’homme plus âgé qui l’a autrefois fait sortir du placard.  Et puisque homosexuel égale efféminé, son nom est Raymonde Belmonde.  

Donc, bilan:

Représentation du Québécois.
Les noms ont l’air d’avoir été créés par des gens qui ne connaissaient pas de vrais noms francophones: LaRouche passe encore, mais LeBecque? LeTrope? Belmonde? Remarque?  Eh lala!  

Clichés canadien et/ou québécois.
À part les hockeyeurs, il n’y a pas de personnage ni de situations qui fasse vraiment cliché.  

Le québécois parlé et/ou écrit.
Parlé, il a ce « Sacre bleu! » de l’inspecteur LeBecque, qui sonne pas mal plus Français-de-France que québécois.  Ensuite, pour une femme sensée être québécoise francophone de naissance, Aurora / Jeanne-Marie Beaubier fait dur avec son « Nom du nom, mon petites. »
Écrit, il y a les noms de commerces et autres endroits:

  • Corps du Salvation
  • CBTV-13 le television.
  • Le Chien Fou
  • Café
  • Le Petit 13
  • Pâtisserie de la Reine. 
  • Lavalle
  • La Valle

LA SEMAINE PROCHAINE:  Après Montréal: Québec chez Marvel et DC. 

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Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 4.




 

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Le Québécois dans la BD internationale 11

Cette semaine: L’album Les 4 As et la Navette Spatiale publié en 1989.

Je vous l’avoue tout de suite, je ne suis pas du tout familier avec Les 4 As.  Heureusement, ils ont leur page sur Wikipédia.  Celle-ci m’a appris que la série a commencée sous la forme de romans pour adolescents, en guise de parodie des clichés que l’on retrouvait dans les publications destinées à la jeunesse des années 60.  Puis, elle devint une BD.  Les personnages sont:

Lastic : Cheveux bruns, sportif et passionné par la mécanique, il est l’archétype du héros des années 1960, une sorte de Michel Vaillant adolescent.  
Dina : jolie rousse, elle possède toutes les caractéristiques de la gourde sympathique : penchant pour la mode et les produits de beauté, frivolité, peurs incontrôlées qui la fait sauter dans les bras de ses compagnons. Naïve à en être stupide, c’est la classique jolie-sans-cervelle.

Doc : Intellectuel portant un nœud papillon, il égaye les aventures de citations latines.
Bouffi : Le p’tit gros constamment affamé qui ne vit que pour manger et qui possède des dons de cuisinier.
Oscar : le chien le plus défaitiste de l’histoire de la bande dessinée. Contrairement à Milou ou Idéfix, il n’apporte que rarement de l’aide à ses compagnons. 

L’album Les 4 As et la Navette Spatiale commence alors que les 4 As sont dans une base spatiale russe.  Ils embarquent dans la navette et se retrouvent dans l’espace.  Puis, un problème survient et…

Et on se retrouve dans une salle de classe d’informatique dans laquelle les 4 As jouent, sur des ordinateurs en réseau, à un jeu électronique, un genre de Space Invaders, contre une navette spatiale.  On comprends donc que les premières pages ne présentaient que le jeu selon l’imagination des 4 As.  Cette intro étant faite, les 4 As se rendent au Canada, en tant qu’invités au 27ième congrès des héros de la bande dessinée.


Si j’en crois les silos, la tour de l’horloge et le Marché Bonsecours, ça se passe à Montréal.  Ils sont accueillis par un québécois, monsieur Lafleur, qui va les loger chez lui pour le temps du congrès.


Un congrès de personnages de BD au Canada, et pas un seul personnage de BD du Canada.

Ils passent en entrevue sur la chaîne TV Québec, en faisant des références à certaines de leurs anciennes aventures, références qui échappent à ceux qui, comme moi, n’ont jamais lu un de leurs album avant celui-là.

Et c’est là qu’apparaissent les premières manifestations de la parlure québécoise de Lafleur.  (Texte sous-titré pour malenquébécoiphonant.)

Enchaînons dans l’espace, où les 4 As sont dans la navette qu–!?

Euh… Ok!  Ça a ben l’air qu’il y a vraiment une version russe des 4 As, donc que l’intro était réel.  Tandis que les 4 As russes ont des ennuis, Lafleur amène les 4 As belges à son chalet dans l’nord.


Gag classique du gars qui parle de vie sauvage alors qu’il a tout le confort moderne dans sa cabane, y compris une… euh… table électronique pour sa TV!?  La même image montre également le genre de gag que je me me serais jamais attendu à voir dans une BD destinée aux enfants. 

Le lendemain, Lafleur les amène faire un tour en canoë tout en traduisant en québécois ce que dit Dina.

Évidemment, de toutes les places sur la planète, il fallait que les 4 As russes se posent là où sont les 4 As belges.

Heureux de ne pas être tombés aux USA, les 4 As russes tentent de réparer leur navette.  Apparemment, ils sont trop gniochons pour savoir que même en parfait état de marche, une navette spatiale n’est pas conçue pour le vol atmosphérique.  Ils s’essayent tout de même, en allant sans cesse emprunter des outils  chez Lafleur.  Hélas, ils finissent par se faire repérer.

Le lever du jour est salué par un coq canadien (Ça se voit à sa crête.)  Et c’est là que, constatant que les russes lui ont pris son canoë, Lafleur nous sert la quasi-inévitable variante de Tabarnak!

À partir de là, l’histoire se déplace à Québec, aux alentours du château Frontenac, où un agent de la CIA nommé Anabol, qui est un sosie de Stallone en Rambo, cherche à retrouver la navette russe.  À ça se mêle un fou qui se prend pour Napoléon. L’action s’enchaîne à rythme fou.  C’est décousu, c’est brouillon, c’est pèle-mêle.  Finalement, j’me rappelle même plus comment, mais les 4 As belges et les 4 As Russes se retrouvent tous ensemble sur un bateau de guerre russe.  Bref, tout est bien qui finit bien.


En passant, de tout l’album, personne n’a jamais fait de cas de la ressemblance entre les 4 As russes et les 4 As belges, ce qui rend la chose encore plus crackpot.

Représentation du Québécois.
Lafleur est un gros moustachu.  Il y a aussi une police montée (En uniforme de Mountie, of course!) qui est également un gros moustachu.  Mais si je me souviens bien, dans les années 80, les adultes dans la quarantaine avaient majoritairement l’air de ça.  Les autres québécois, comme ceux qui vont à la rencontre des 4 As russes sont gentils, accueillants.  Bref, une représentation flatteuse.

Clichés canadien et/ou québécois.
Oui, c’est vrai, cet album contient des clichés mille fois utilisés dans une aventure se déroulant au Québec: Le froid, la neige, la vie de bûcheron, la chemise à carreaux, l’érable présente dans la majorité de notre bouffe, le Mountie en uniforme, et l’inévitable Cabane au Canada en face d’un lac, chose que l’on retrouvait déjà dans Khéna et le Scrameustache; le totem de l’Espace.

Mais bon, peut-on en vouloir aux bédéistes étranger de vouloir se dépayser un peu?  Dessiner les rues du centre-ville de Montréal, ce n’est pas tellement différent des rues du centre-ville de Paris, Bruxelles, Londres, New-York ou Tokyo.  

Le québécois parlé et/ou écrit.
Lafleur commence fort avec sa ouananiche.  Mais pour le reste, on entend ça souvent: J’cré ben, mon camp (prononcer campe), mon chum, c’est plate, par icite, les mesures en pieds et en pouces malgré le système métrique implanté depuis les années 70…  Deux choses inévitables: L’utilisation de tabernacle, et la mauvaise utilisation de tabernacle, soit Tabernac au lieu de Tabarnak.

Le scénariste a manqué une belle opportunité de faire québécois dans la scène où ils vont à la pêche.  Ils chantent V’là l’bon vent, dont les paroles sont:

Derrièr’ chez nous y a un étang
Derrièr’ chez nous y a un étang
Trois beaux canards s’en vont baignant.

V’là l’bon vent, v’là l’joli vent
V’là l’bon vent, ma mie m’appelle,
V’là l’bon vent, v’là l’joli vent
V’là l’bon vent, ma mie m’attend.

Le fils du roi s’en va chassant
Le fils du roi s’en va chassant
Avec son beau fusil d’argent.

Ils auraient dû nous donner la version québécoise, La p’tite jument.

Trois beaux canards s’en vont baignant
Envoye, envoye la p’tite jument
Trois beaux canards s’en vont baignant
Envoye, envoye la p’tite jument

Le fils du roi s’en va chassant
P’tite, p’tite, p’tite, p’tite, p’tite…

Ceci dit, c’est la première fois que je lis une BD étrangère dans laquelle la représentation du québécois est meilleure que l’album lui-même.  Peut-être l’aurais-je mieux apprécié si j’avais lu les 25 précédent.  Mais là, j’ai trouvé ça mauvais en Tabernac!

LA SEMAINE PROCHAINE:  Je disais plus haut que dessiner le centre-ville de Montréal ou n’importe quelle autre centre-ville, c’est un peu du pareil au même.  Ben voilà: Je montrerai des pages de Batman et autres comics de DC qui se passent à Montréal, sans vraiment montrer que c’est Montréal.

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Et à part de t’ça.
Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur la page Requin Roll, dont voici la planche numéro 3.




 

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Le québécois dans la BD internationale 10.

Mars 1999. Je suis au 12ième festival de BD de Québec et j’y squatte tour à tour les tables de Safarir et de la première page web à s’appeler BD Québec, afin d’y vendre mes deux séries de fanzines, Requin Roll et Les Plagiats de la BD.

J’y rencontre le dessinateur Coyote (1962-2015) que j’ai découvert cinq ans plus tôt dans Fluide Glacial avec sa série Litteul Kévin, et dont le coup de crayon a déjà influencé le mien le temps d’une BD de trois pages.  Ce qui me frappe le plus au premier coup d’oeil, c’est à quel point Coyote est semblable physiquement à Chacal, le père de Kévin. En légèrement moins musclé.

Nous sympathisons immédiatement.  On se prend en selfie, ce qui était tout un défi en cette époque pré-caméras électroniques. 

 Je lui donne de mes fanzine, et en retour il me fait un petit dessin.

À la fin du dernier jour du festival, alors qu’on l’invite à une beuverie d’adieu, il doit décliner.  Il se couche tôt car le lendemain matin, il partira vers les Laurentides.  Il m’explique qu’il va y passer trois jours dans une auberge canadienne où il fera, entre autres, de la motoneige et du traîneau à chiens.  Je lui demande si ça pourrait l’inspirer pour une future aventure de Litteul Kévin.  Il répond: « P’t’êt’ bien! Faut voir! »

Quelques temps plus tard, c’était tout vu:

Ce sixième album se conclut avec cette BD qui fut directement inspirée de son séjour.  

Mise en contexte: Litteul Kévin a gagné un concours de photo en déguisant sa babysitter en Lara Croft.  Le prix: Un séjour au Québec.  Ils y sont donc partis tous les quatres, Kévin, sa mère Sophie, son père Chacal (né Gérard) et sa babysitter Frida.




Chacal fait de la vitesse sur sa motoneige, montant jusqu’à 160 km/h.  Il vire cependant full fru de se faire aisément dépasser à 170 par Kévin et leur moniteur.



Mais Kévin, qui connait bien son père, arrive à lui flatter l’ego, appuyé par quelques bons mots du québécois.

Rendu à l’auberge, tandis que Chacal se vante de sa performance au téléphone à Gros Hulk, son ami motard et frère de Frida, c’est le festival de la parlure québécouèse dans’ cabane.






Les scènes suivantes me font penser que ça doit s’inspirer de faits vécus.  

Sinon, qui aurait pu penser qu’il faut éviter de se vautrer sur les pistes de traîneaux à chiens puisque ces dernières sont parsemées de merde canines? 

Le coyote, bien que présent au Québec, n’est pour ainsi dire jamais mentionné lorsque l’on nomme des représentants de notre faune nordique.  On suppose donc que ce gag ait été fait à Coyote lui-même par les propriétaires du chenil après qu’il leur ait dit sous quel nom il signait ses BD. 

Tout comme cette scène du poil dans la bouffe.  À part pour décrire un fait vécu, il n’y a pas vraiment de raisons pour inclure cette anecdote.

… Sauf si Coyote avait envie d’en profiter pour s’auto-référencer une seconde fois.  En sachant que Chacal est l’avatar de Coyote, et que Sophie est inébranlablement amoureuse et fidèle à Chacal, il n’y a aucune autre raison pourquoi elle dirait ça.

La BD se conclut alors qu’au moment où ils viennent pour repartir en Europe, Chacal leur annonce qu’il a prolongé leur séjour de deux autres semaines.  Il profite de ce temps pour s’entraîner à la motoneige, dans le but de battre de vitesse le moniteur.

Représentation du Québécois.
Les deux aubergistes et les deux propriétaires du chenil.  Alors que les deux premiers y vont fort dans notre parlure, les deux suivants ont un français assez correct.  C’est une assez bonne représentation de ce que nous sommes car en effet, nous n’avons pas tous le même vocabulaire. Certain d’entre nous parlons plus le québécois et d’autres plus le français.  On voit que Coyote s’inspire de gens qu’il a rencontré, et que cette rencontre était récente.

Clichés canadien et/ou québécois.
Je ne peux pas vraiment dénoncer les clichés canadiens que sont l’hiver rude, la neige à n’en plus finir, la motoneige et les traîneaux à chiens, puisque c’est ce que Coyote a vécu au mois de mars 1999.  Et c’était voulu, puisque c’était dans une auberge pour touristes, et que c’est exactement ça qu’ils offrent.  

Le québécois parlé et/ou écrit.
Je les ai mis tous ici.  Dieu merci, Coyote nous a épargné du Tabernacle. Bon, il y aurait eu quelques ajustements à faire, tels que:

  • Prendre un break plutôt que prendre un brake.
  • Tabarnouche plutôt que tabernouche.
  • Excite-toi pas le poil des jambes, plutôt que excite-moi pas.
  • Ma gang plutôt que mon gang.
  • Les beux plutôt que les cops.  Mais ça, c’est Kévin qui le dit, et lui n’est pas québécois, alors ça peut aller.
  • Tinquer (faire le plein) plutôt que tanker.  Je sais bien que tank est le réservoir, faut savoir prononcer à la québécoise, comme Elvis Gratton.

Mais dans l’ensemble, ce n’est pas si mal.  On a vu bien pire.

LA SEMAINE PROCHAINE: Bien pire, alors qu’un album de la série belge Les 4 As se passe au Québec.

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Lorsque je ne suis pas occupé à écrire au sujet des BD des autres, je fais les miennes.  Voyez ma série La Clique Vidéo sur Requin Roll, dont voici la planche numéro 2.

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