L’une des histoire du Capitaine America traduite par les éditions Héritage qui m’a le plus fasciné lorsque j’étais enfant, c’était le retour du Capitaine America des années 50. En fait, c’était surtout d’apprendre qu’il y avait déjà eu un autre Capitaine America dans les années 50. On a pu lire la chose dans Captain America nos. 153, 154, 155 et 156 en V.O. chez Marvel en 1972, ou dans Capitaine America 13, 14, 15 et 16, parus chez Héritage en ’73. Puisque je ne les possède pas tous, vous me pardonnerez si j’utilise parfois ici des extraits des versions originales anglaises de Marvel pour illustrer cet article.
On commence avec Capitaine América et le Faucon No.13, ou 153 en version originale.

Dans les dernières pages de ce numéro, le Faucon surprend Cap dans le ghetto en train de broyer du noir, si vous me permettez l’expression.

Petit détail: Alors que les lignes rouges et blanches du costume de Cap lui font le tour de la taille, ici il n’en a pas dans le dos. Autant pour ce détail que pour son attitude, le Faucon, tout comme le lecteur, croient avoir affaire à un imposteur. Mais voilà: Il porte aussi le visage de Steve Rogers, le vrai Cap.

Après avoir été frappé de surprise, il se fait frapper par surprise. Une surprise sous les traits de Bucky, que l’on croyait mort jusque-là!

L’histoire se poursuit au numéro suivant, le 14.

Dans celui-ci, Le Faucon est kidnappé par Cap et Bucky, mais sauvé par les bandes de rues du ghetto. Le Faucon s’en va ensuite rejoindre les Vengeurs, où il apprend que Cap est avec Sharon Carter, agente de S.H.I.E.L.D, en vacances aux Bahamas. Voilà qui confirme que le Faucon a eu affaire avec un imposteur.
Et nous voilà au numéro 15, qui nous offre l’origine de l’imposteur en question.

Le Faucon va aux Bahamas, rejoindre Cap et Sharon pour les prévenir. Mais il est devancé par les faux Cap et Bucky. Ceux-ci sont plus rapides, plus rusés et bien plus forts. Ils se font donc capturer tous les trois. Et tandis que Bucky pilote l’avion qui les ramène tous en Amérique, le méchant Cap leur raconte son origine, que voici:





Avoir la formule, c’est une chose. Mais être capable de la comprendre? Avoir accès aux ingrédients pour la reproduire? Et au matériel de laboratoire? Tout en sachant comment l’utiliser? Alors que l’on a, pour toute éducation, qu’une formation en histoire? C’est fort! (Mais pas aussi fort que le perchoir du singe, qui peut apparemment supporter plus de 250 lbs.)

Essayer d’analyser le sang du singe pour reproduire le sérum… Alors qu’ils avaient déjà un échantillon du sérum, avant de le gaspiller en l’injectant au singe? Ça, c’est pas fort!



Une copie de Steve Rogers obsédé par Steve Rogers qui rencontre une copie de Bucky Barnes obsédé par Bucky Barnes. Quel hasard. Ce dernier semble cependant exceller à un passe-temps qui n’était pas tellement commun aux jeunes hommes virils des années 50: La couture.

Mais bon, je suppose que ce n’est pas plus louche que de montrer un adolescent qui semble apparemment habiter avec un prof de son école qu’il vient à peine de rencontrer.

Et c’est à partir d’ici (à partir de la case précédente, en fait) que l’on peut constater une curieuse fluctuation dans le style de dessin, qui passe de moderne à ancien….



… à moderne …


… à ancien …


… et à moderne.






Et on poursuit avec Capitaine America et le Faucon no.16, dans lequel se conclut cette saga:

Cap, le Faucon et Sharon se libèrent de leurs liens, attendent que l’avion se pose, et attaquent Cap II et Bucky II. La bataille finit en match nul alors que les méchants arrivent à fuir. Cap II lance tout de même un rendez-vous à son prédécesseur afin qu’ils puissent y livrer une bataille décisive. Ils se rendent à l’endroit convenu et le combat commence.








Les pensées en question, c’est que Cap réalise que son sosie et lui ont énormément de choses en commun. Comme lui, il était un jeune homme obsédé par l’idée de se battre pour sauver son pays. Comme lui, il s’est porté candidat pour devenir un super-soldat. Comme lui, personne n’a enquêté à son sujet avant de lui administrer le sérum. Il était, pour ainsi dire, n’importe qui. Ce qui signifie que Cap I aurait aussi bien pu finir comme Cap II: Un zélé rendu fou par son obsession.
Cap oublie que, tel qu’expliqué dans son origine, Cap II s’est injecté le sérum mais n’a pas été exposé aux vita-rayons qui stabilisent la formule. Ça explique pourquoi le Cap des années 50 est plus fort que le vrai, mais aussi plus instable mentalement.
Et maintenant, un bonus:
L’extrait que vous n’avez jamais vu.
Dans l’origine de Cap II, il y a un moment où le style de dessin change, passant du moderne à l’ancien. C’est que, tel qu’annoncé au début de ce changement, il s’agit d’extraits du comic Young Men no.24 paru en décembre 1953, publié par les éditions Atlas, l’un des ancêtre de Marvel, où travaillait déjà le jeune scénariste Stan Lee. Jusque-là, Young Men ne faisait que raconter trois courtes histoires par numéro, mettant en vedettes de jeunes hommes vaillants et courageux. Mais à partir du numéro 24, Stan décide de changer le ton du magazine en faisant renaître trois vieux personnages des années 40 publiés par Timely, l’autre ancêtre de Marvel. Il s’agit de La Torche Humaine (L’androïde et non Johnny Storm), Captain America et Namor.

En 1953, les préoccupations sociales ont changées. Maintenant que le nazisme est mort, la nouvelle menace que craint le monde libre, c’est le communisme. Voilà donc quel sera le nouvel ennemi de Cap et Bucky.
Je ne sais pas si c’était le cas pour vous, mais moi j’étais frustré de ne lire qu’un simple extrait de cette introuvable aventure des années 50. Eh bien aujourd’hui, 42 ans plus tard, je l’ai trouvée, je l’ai traduite, et je vous l’offre ici, au complet.


Il s’agit bien du même Cap des années 50, sans les lignes blanches et rouges dans le dos.






Dans la version originale, puisqu’ils n’étaient pas supposés être des copies de Capitaine America et Bucky, ils n’ont pas besoin de se cacher dans une ruelle pour s’injecter une copie du sérum de super-soldat.


Et voici la fin, telle que non-présentée dans la version Héritage. (Ni la version Marvel, d’ailleurs.)


Le retour de Cap et Bucky, scénarisé par Stan Lee, fut dessiné par un très jeune John Romita (père). Cette résurrection fut de courte durée. Cap et Bucky vécurent cinq aventures de six pages, soit jusqu’au dernier numéro de Young Men, le 28. Et cette aventure reproduite ici fut la seule qui les montrèrent avoir une vie au civil. Dans leur seconde aventure, alors qu’ils combattent des espions communistes, on ne les voit qu’en costumes. Et dès la 3e, ils étaient de nouveau dans l’armée, sans la moindre explication du comment ni du pourquoi.
À la mort de Young Men, Atlas a repris la série Captain America là où elle s’était interrompue cinq ans plus tôt chez Timely. Le numéro 75 est paru en octobre 1949. Le 76 sortit en mai 1954.

C’est d’ailleurs dans cette continuation que Cap II et Bucky II vivront les aventures décrites dans cette image:

Mais là encore, la vie de ce Capitaine America, casseur de communistes, sera de courte durée: Trois numéros. Car oui, la série prendra fin au numéro 78, en septembre 1954.
Dix ans plus tard, en 1964, lorsqu’il a ressuscité le Capitaine América dans Avengers no.4, Stan Lee décida de ne faire aucune mention de son court retour de 1953-54. D’ailleurs, puisque Cap avait été congelé à la fin de la guerre, et dégelé lorsque les Vengeurs l’ont retrouvé, ses aventures des années 50 ne pouvaient pas être arrivées, point!
Huit ans plus tard, en 1972, c’est Steve Engleheart, alors scénariste de Captain America, qui aborda enfin le sujet. Il a décidé que les aventures du Capitaine America des années 50 seraient vraiment arrivées, mais que ce Cap-là ne serait pas l’original, mais bien un excellent imitateur. D’où la nouvelle scène glissée entre deux pages de Young Men, que l’on a vu dans la version française noir et blanc plus haut ici, dans laquelle Cap II et Bucky II s’injectent du sérum de super-soldat, avant d’attaquer Red Skull II.
Parce que oui, même le Crâne Rouge des années 50 sera plus tard révélé comme étant un communiste du nom de Albert Malik, qui a pris l’identité costumée du vrai Crâne, Johann Schmidt, présumé mort. On y reviendra la semaine prochaine.
Bloopers.
Non seulement la lettreuse-traductrice Lorraine Saint-Martin a écrit soi-distant plutôt que soi-disant, elle a confondu le mot pal avec le prénom Paul. Par conséquent, et dans cette image seulement, l’assistant de Cap se nomme Paul Bucky.

Au début de la mini-aventure tirée de Young Men 24, le Capitaine America n’a pas encore fait son retour. Par conséquent, le film présenté par le Crâne Rouge est supposé montrer le vrai Capitaine America, celui des années 40.

Or, il est officiellement reconnu que le costume du vrai Cap a des lignes rouges et blanches autour de la taille, contrairement au Cap des années 50 qui n’en a pas dans le dos. Pourtant, le Cap de ce film n’en a pas non plus.
Mais comme je l’ai déjà fait remarquer dans l’article Capitaine America et Bucky à Québec, même dans Captain America Vol.1 no.27 publié en 1943, le vrai Cap n’avait pas non plus de lignes au dos.

La seule explication qui me vient en tête: Puisqu’il lui est déjà arrivé dans les années 40 de changer de modèle de masque et de bouclier, je suppose qu’il a aussi bien pu changer de modèle de tunique, peu avant de se faire accidentellement congeler pendant vingt ans. Bucky II n’étant pas au courant du changement, il a reproduit l’ancien costume de Cap I, voilà tout.
SAMEDI PROCHAIN, SUITE ET FIN: Que sont-ils vraiment devenus?
Il y a deux problèmes avec des personnages comme les Cap et Bucky des années 50. Le premier, c’est qu’ils se démarquent trop des autres ennemis de Cap pour que l’on puisse les oublier. Voilà pourquoi il est très tentant de les faire revenir. Mais en même temps, et là est le second problème, on ne peut pas faire grand chose avec eux à long terme sans tomber dans la redondance, ou bien les dénaturer. Voilà probablement la raison pourquoi, 70 numéros plus tard, lorsqu’ils sont réapparus, Bucky II se fait flinguer…

…et Cap II se suicide par incinération.

… Ce qui ne règle pas du tout le premier problème: Ces personnages demeurent trop spéciaux pour être oubliables. Voilà pourquoi, quelques années plus tard, d’autres scénaristes les ont fait revenir, en modifiant leur historique de façon à en faire plutôt Bucky III et Cap IV. Je vous en parlerai de long en large dans le prochain billet.
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