Le Québécois dans la BD internationale 6

Cette semaine, je vous parle de la 4e aventure du Scrameustache, qui s’intitule Le Totem de l’Espace qui date de 1975.  

La série Khéna et le Scrameustache a été créée en 1972 dans le Journal de Spirou. par Gos, pseudonyme de Roland Goosens.  Khéna est le fils d’un couple d’humains extraterrestres qui résidaient sur la planète Aktarka, sur le continent des deux Lunes. Au cours d’un voyage spatial, ses parents furent contraints de l’abandonner sur Terre, au Pérou, où on l’a pris pour un bébé inca, avant d’être trouvé et adopté par un archéologue, Georges Caillau, dit Oncle Georges.

Le premier album, L’Héritier de l’Inca, est paru en 1973. Six ans plus tard, en 1979, lors de la parution du 7e album, la série est rebaptisée Le Scrameustache tout simplement.  Il est vrai que personne n’en a jamais eu rien à cirer de Khéna.  C’est juste un p’tit gars à qui il arrive plein de trucs spéciaux, mais qui se laisse entraîner dans les aventures qui lui tombent dessus. Il est totalement neutre, sans le moindre trait de personnalité qui le démarque, et sans jamais prendre le contrôle des événements.

Selon Wikipedia, « comme cet album se déroule au Québec, l’utilisation d’un langage qualifié de « terroir » par l’auteur est fait, en hommage aux particularités linguistiques du Québec. »  Bon ben, voyons ça de plus près.

L’histoire commence alors que le Scrameustache installe une antenne parabolique sur le toit de la maison de Georges et Khéna.



Signe des temps: Depuis la disparition de la télé en noir et blanc, voilà belle lurette que plus personne n’utilise le terme télévision en couleur ou télé couleur.  Gos fut tout de même visionnaire au sujet de l’antenne, car une vingtaine d’années plus tard, dans la vraie vie, c’était un  modèle d’antenne pour la télé par satellite.

Donc, grâce à cet appareil, ils découvrent qu’une fusée extraterrestre, envoyée par une race de conquérants nommée les Stix, se dirige sur terre.  L’appareil du Scrameustache calcule même où il va se poser: Dans un Québec un peu difforme.

Ils s’en vont donc tous les trois au Québec, chez Martin et Janette Paradis, de vieux amis de Georges.  Apparemment, Paradis est un nom de famille québécois populaire.  Il y a deux semaines, je vous en ai montré un autre qui empruntait les traits d’un jeune Réal Godbout, si vous vous souvenez.

Dans l’univers du Scrameustache, les Paradis habitent les Laurentides.  Et, quelle coïncidence, à quelques minutes de marche d’où l’engin extraterrestre est supposé atterrir.

« Chez LES Martin Paradis »? Il y en a plusieurs?

 Pour être franc, à part trois ou quatre mots, je n’ai pas vraiment vu de langage qui nous ressemble particulièrement dans cet album.  Je vais quand-même essayer de les recenser, tout en résumant l’histoire.

« Des nuisances »…  Non, connais pas cette expression-là.

Oui, en effet, à l’époque, au Québec, on comptait encore les distances en Milles et non en Kilomètres.  En fait, en ’75, cette pratique était sur ses derniers Milles, puisque la conversion en Km sera officialisée en septembre 1977.

Ici, le québéquisme est dans la structure de phrase.  « Fatigue-toi pas! », en effet, ça sonne plus québécois que « Ne te fatigue pas. »

Donc, Khéna, Oncle Georges, le Scrameustache et son robot Tobor se rendent chez les Paradis en soucoupe volante.  Ceci leur cause un certain émoi, mais pas assez pour empêcher Janette de continuer d’insulter son époux.

Première expression bien de chez nous, « niaiseux »

Histoire de voir si les Paradis sont murs pour apprendre au sujet des extraterrestres, Scrameustache leur envoie Tobor.  Janette panique et vient pour le tirer à la carabine, mais Tobor la transforme temporairement en statue de sel.  Tobor remonte dans le vaisseau qui disparait.  Janette redevient normale et tire, évitant de justesse Martin qui était allé se placer devant elle.   

Après s’être un peu foutus de la gueule des Paradis, Georges finit par tout leur expliquer.  Ces révélations poussent Janette à boire.

Ah, bien sûr, un p’tit Caribou, notre boisson traditionnelle dont la recette varie selon l’endroit et l’époque.  Est-ce que les européens aussi disent replacer dans ce cas-ci, ou bien seulement remettre?  Enfin, qu’importe!

Le Scrameustache demande à Martin s’il y a un objet étrange dans le coin.  Et en effet, il y en a un: Le clou du trappeur.  Il s’agit d’un tube doré qu’un trappeur a volé aux indiens américains, quelques 200 ans plus tôt, en croyant que c’était de l’or.  Il l’a ramené au Québec, avant de tomber dans le bois, mort d’épuisement.  Le clou est tombé dans la fissure d’un surplomb rocheux, où il est coincé depuis.  Il s’agit en fait d’un repère qui doit guider la fusée.  Celle-ci se pose et plante un totem amérindien qui serait passé bien plus inaperçu aux USA qu’au Québec, n’eut été du trappeur cupide.

Le totem est un transmetteur de matière: Il téléporte sur terre des robots.  Il chasse aussi les intrus à coup de laser. 


Enwèye, scram, Eustache!

On ne verra jamais les fameux Stix.  Ils existent ici sous forme de petites lumières jaunes volantes, de la taille de billes.  Dès que ces lumières entrent dans un animal, les Stix en prennent le contrôle et s’en servent pour installer leur base.

« Restez pas là! », d’accord, mais « Un tour de crasse! », jamais entendu ça.

Le raton-laveur, possédé par un Stix, envoie des rayons endormants sur Martin, Khéna, Georges et le Scrameustache.  Tobor sauve Khéna et le Scrameustache et réveille ce dernier, qui retourne sauver Georges et Martin. 

Trois expressions, trois points:

  •  Endormitoire est un nom féminin, propre au langage populaire québécois, qui illustre une envie de dormir.  Exemple: « J’ai une endormitoire » signifie « J’ai sommeil. »  Donc, le mot existe, mais est mal utilisé dans cette  scène.   
  • Je connais l’expression rester encabané comme synonyme de rester à la maison sans pouvoir sortir.  J’ai l’impression que dans cette BD, on lui donne plutôt le sens de en cabane, c’est à dire en prison.  
  • Enfin, défuntiser existe aussi, mais je n’ai jamais entendu ça.

À peine réveillé, Khéna est possédé par une lumière de Stix.  Il s’enfuit, non sans mettre son poing dans la gueule de l’oncle Georges.

Apparemment, le mot bougrant existe, mais je ne l’ai jamais entendu.

Le Scrameustache enlève du cou de Khéna la médaille qui le protège (C’est la scène de couverture de l’album) et le transforme en statue de sel.  Puis, le totem téléporte de la matière vivante: Un couple d’accusmalas, qui sont un genre de croisement entre des dinosaures (pour le physique) et des castors (Terrestres et aquatiques, ouvriers utilisant leurs queues plates.)  

Les femmes sont vraiment des bitchs avec leurs maris, dans cet album.

Ceux-ci ont été envoyés pour construire la forteresse des Stix.  Ils sont déjà assez avancés dans le travail, lorsque le Scrameustache les attaque avec son autre engin volant: Le passe-partout.

Le Scrameustache prend contrôle du totem, détruit l’émetteur de petites lumières, et renvoie les robots et les accusmalas chez les Stix, avant de détruire la base et la forteresse.  

En revenant chez les Paradis, Scrameustache, Khéna, Georges et Martin sont accueillis par Janette qui les amène dans la grange.  Ça a l’air que malgré tout leur boulot, les accusmalas ont eu le temps d’avoir un bébé, ou du moins un oeuf, qui éclot en bas de la dernière page.  

On ne reverra le bébé accusmala que quatre ans plus tard, dans l’album Les Galaxiens, alors que Martin Paradis l’envoie à Georges par la poste.  Et c’est là que l’on découvre quelque chose d’assez étrange à son sujet.  



Euh, quoi?  Les parents accusmalas étaient pourtant intelligents et articulés.  Alors pourquoi est-ce que leur petit, tout le long de ses apparitions dans la série à partir de ce point, aura l’intellect d’un animal à peine plus évolué qu’un chien savant?  Et surtout, pourquoi est-ce que le Scrameustache confirme que tel est supposé être son degré d’intelligence, alors qu’il connait la vérité?  Mystère!  J’espère que ce n’est pas une manière subtile de montrer ce que ça donne, que d’être élevé parmi des québécois.

Ceci dit, on peut se considérer chanceux; cette BD ne contient aucune expression vulgaire du langage québécois.  Par contre, on ne peut pas en dire autant au sujet du langage franco-européen. 

D’accord, l’image est prise hors-contexte, mais je me demande quand même  comment ça a pu passer dans les pages de Spirou.

Le site La Lucarne à Luneau a également consacré un billet de blog au sujet de cet album.  Il a les mêmes réflexions que moi au sujet des québéquismes, mais pousse la chose plus loin, décortiquant l’album en une longue critique.  Jetez-y un oeil.

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LA SEMAINE PROCHAINE: Un autre personnage québécois dans Spirou.

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Le Québécois dans la BD internationale 5

Imaginez une BD parue dans Pif Gadget dans lequel le personnage principal est un québécois qui nous sert des mots d’église à tour de bras.  En fait, pas besoin de l’imaginer, en voici des extraits:






Le Voyage des Chutes fut une série qui est parue dans Pif Gadget à l’été de 1976.  Bon, en fait, c’était en décembre ’75, mais à l’époque nous les recevions au Québec avec sept mois de retard.  Remettons ces images en contexte en présentant la BD complète.


Ça doit être à l’origine de l’expression un coup de feu.

Pour cette série, bien que l’on puisse sourciller un peu au cliché de l’indien-servant qui parle le petit nègre à son patron, on sent que la recherche a été poussée un peu plus pour le vocabulaire du personnage de Mathieu Serre.  Car s’il se laisse aller à sacrer, c’est toujours en contexte: Colère, surprise, impatience, peur.  N’empêche que pour le petit québécois de huit ans que j’étais, c’était d’une sacrée vulgarité.


Non seulement Mathieu dit qu’il ne sait plus très bien qui il est, on constate qu’en plus il ne se souvient plus pourquoi il est là.  La semaine dernière, il disait: « J’avais fait le projet d’une grande partie de pêche aux chûtes Churchill. », et là c’est « J’avais voulu connaître l’expérience de la trappe. »


Ça a l’air que gruger est un verbe exclusivement québécois, pour qu’ils prennent la peine de l’expliquer.


Euh… Félix!?  Ces trois hommes campent à proximité, c’est vrai, mais tu n’as aucune preuve comme quoi ce sont bien eux les coupables du massacre des castors.  Discutez, fouille leur tente à la recherche du poison, je ne sais pas, moi.


Euh… Félix!?  C’est que, pendant que tu nous fais ton discours pro-environnemental, tu viens de crisser le feu à la forêt en faisant exploser la tente près des sapins.  

Et ne parlons surtout pas de ces trois hommes, dont un que tu as blessé par balle, que tu as laissés sans nourriture ni armes, dans le bois, au milieu de nulle-part, à des centaines de kilomètres de la civilisation.  Et ils n’ont pas de guide indien, eux!  Autant dire qu’ils sont voués à une mort certaine.

Anyway, continuons le voyage.


L’aventure précédente commençait par la mention Voici le deuxième épisode du voyage des chûtes.  Et dans la seconde image, Mathieu disait « Depuis plusieurs jours, mon guide et moi marchions à travers la forêt vers les chûtes Churchill… »   Pourtant, à la seconde image de ce 3e épisode, il dit « La veille, notre canot s’était rompu dans les rapides. »  Alors ou bien Mathieu a trop fumé de chanvre de Félix, ou bien cet épisode se place entre le premier et le second.  Ça arrive.


Les indiens sont costauds, c’est bien connu.  Comment, autrement, aurait-il pu soulever ce rocher de quatre tonnes?


Ça m’étonnerait qu’ils aient réussis à manger mille livres de viande d’ours ce soir-là.  Et sans rien pour en emporter avec eux, ils ont eu à laisser le reste pourrir sur place.  Quel gaspillage.  Ils auraient été bien mieux de manger le saumon qui a servi d’appât.  

Le Voyage des Chûtes n’a eu que quatre épisodes de trois pages, publiées dans les Pif Gadget numéros 356, 357 et 358.  Et après un long break de quinze semaines, soit presque quatre mois plus tard, Mathieu et Félix sont revenus pour une ultime aventure dans le 373.  


De mieux en mieux!  Après ne plus très bien savoir qui il est, voilà que Mathieu exprime qu’il ne sait plus très bien ce qu’il fait là.  La chose ne semble pourtant pas tellement le déranger.


Deux choses m’ont toujours intriguées dans cette page.  D’abord, à quoi ça sert d’effacer tes traces de pas sur une neige lisse si c’est pour les remplacer par des traces de branches?  Et ensuite, comment Félix a-t-il bien pu se procurer de l’urine de chienne en chaleur?  Quoique, pour celle-là, finalement, je ne tiens pas tellement à le savoir.

Cette série fut scénarisée par l’acteur et homme de cirque Jean Richard et illustrée par Eduardo Coelho, qui a également dessiné dans Pif et son prédécesseur Vaillant des séries telles que Ragnar le VikingRobin des BoisLe FuretÉrik Le Rouge et Ayak le loup blanc.  Sauf ce 4e épisode, qui fut dessiné par… Euh…  Juan Arnault, si je lis bien cette signature. 

À part pour le fait qu’il s’agit des mêmes personnages, je ne suis pas sûr si ce dernier chapitre fait partie de Le Voyage des Chûtes puisque le contexte est totalement différent.  

Ou alors, situation plus réaliste: S’ils sont encore dans le bois six mois plus tard, c’est parce qu’ils fuient à Justice, après avoir mis le feu à la forêt, tués l’ours qui est une espèce protégée, et condamnés à mort trois chasseurs, dont un qu’ils ont blessé par balle, en les laissant en pleine forêt sans moyens de survivre.  Ça expliquerait pourquoi Mathieu Serre ne cesse de se demander qui il est ce qu’il fait là, et qu’il n’est toujours pas retourné à la civilisation.  Ce doit être Félix qui, de peur d’être dénoncé, le maintient docile et en état second permanent avec une quelconque médecine indienne.

La semaine prochaine: Le québécois dans les séries du magazine Spirou.

 

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Le Québécois dans la BD internationale 4

Bédéistes et felquistes, même combat!
Dans le billet précédent, j’ai parlé d’un numéro de la série Marvel Fanfare qui met en vedette Jean-Paul Beaubier alias Northstar, super-héros québécois et ex-membre du Front de Libération du Québec.  Aujourd’hui, je vais vous en résumer l’histoire de façon un peu plus détaillée.

Ça commence alors que Jean-Paul reçoit un appel de la part de Jacques Paradis, un ancien camarade du FLQ qui craint pour sa vie.  Malgré sa super-vitesse, Jean-Paul arrive trop tard.  Son ami a été tué par une bombe.



Suite à cet attentat, les membres de Alpha Flight (les Avengers canadiens) sont convoqués dans les bureaux de la RCMP par un policier du nom de McHeath. Bien que aujourd’hui à la retraite, il a décidé de reprendre du service puisque l’attentat a ré-ouvert un dossier dont il était en charge: La cellule Combattre du FLQ.

La BD ayant été faite en 1985, voilà quinze ans que les membres de la Cellule Combattre échappent à la police. Les fugitifs sont trois hommes et trois femmes, et sont connus sous les noms de code de Lettre A, B et C, ainsi que Numéro 1, 2 et 3.

Apparemment, pendant la Crise d’Octobre 70, les policiers de Montréal portaient l’uniforme cérémonial de la Police Montée.


Quand on a un service privé de courrier super-rapide, on peut se permettre de faire sauter des boites à lettres.  Bref, Jean-Paul qui faisait partie de la cellule Combattre (sans avoir de numéro ni de chiffre, apparemment) explique qu’il a lâché le groupe car il n’était par d’accord avec leur manie de poser des bombes.

… ce qui entre en contradiction avec ce qu’il déclarait quelques années plus tôt dans Alpha Flight no.10…

…mais passons!

Jean-Paul se fait demander par McHeath où se trouvent les cinq survivants, histoire de les protéger de celui qui cherche à les éliminer. Il se trouve donc à devoir choisir entre sauver ses camarades en les trahissant, ou les condamner en leur restant fidèles.  Il vire parano et théorise que c’est peut-être la police qui a tué Jacques Paradis, pour manipuler Northstar à les débusquer pour eux. 

Aussi, il décide de ne faire ni l’un ni l’autre, et plutôt aller prévenir ses anciens amis du danger.  Sans le savoir, il est suivi par le reste de Alpha Flight.  Qui, eux-même, sans le savoir, se font suivre par le véritable tueur; The Scourge.


Qui en profite pour éliminer un second membre, Clémentine D’Arbanville, qui avait déjà fait une apparition dans Alpha Flight no.22.

Numéro Un (Jacques) et Numéro Deux (Clémentine) étant morts, Jean-Paul comprend que le tueur les élimine dans ordre numéraire et alphabétique.  Il fuit la scène de crime et s’en va rejoindre les deux membres suivants, soit Numéro Trois et Lettre A.  Ces derniers forment un couple, sont  propriétaires d’une cour à scrap, et relaxent en fumant un joint dans une carcasse d’autobus scolaire.


J’ai toujours trouvé cette scène un peu bizarre.  D’abord parce que ça a l’air que Numéro Trois trimbale un Uzi dans sa poche de veston.  Et aussi parce que, pour des gens qui sont supposés paniquer à l’idée de se faire retrouver, ils ont l’air pas mal joyeux à l’idée de tuer un de leurs ancien camarade.

Profitant de la confusion, ils s’enfuient et se font sauter, et pas de la façon l’fun.

Puisque personne ne connait l’existence du Scourge, tout le monde pense que c’est l’un des membres de la cellule Combattre qui élimine les autres.  Jean-Paul finit par accepter l’aide d’Alpha Flight afin d’arrêter le carnage.

Le Scourge les suit.  Quel hasard, Lettre B et Lettre C sont aujourd’hui mari et femme, habitent ensemble et ont fondé une famille.  Voilà qui facilite la recherche.  


Mais c’était un piège tendu par Alpha Flight pour capturer le Scourge.  Pendant la bataille, Aurora le force à enlever son casque, ce qui amène cette révélation inattendue:


Ah ben ga’donc ça, Jean-Paul n’était pas si parano, finalement.  Fa que, les héros de Alpha Flight battent aisément le policier malgré son armure.  Puis, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.  Enfin, je crois.  Fin!

Pourquoi est-ce que je vous ai présenté cette BD?  Le thème de mes billets ces jours-ci, c’est bien le québécois dans la BD internationale, n’est-ce pas?  Et bien, dans ce comic de Marvel, des québécois, il y en a.  Des vrais.  Et ils ont servi de modèle pour les terroristes.

Ainsi, Numéro Un alias Jacques Paradis est nul autre que Réal Godbout (version 1985), le dessinateur de Michel Risque et Red Ketchup.

Son confrère, Lettre B, a été modélisé sur son collaborateur de longue date, c’est à dire…

Eh oui: Pierre Fournier, scénariste de Michel Risque et Red Ketchup, et aussi auteur du fameux Capitaine Kébec.

Quant à notre autre couple de terroristes que je trouvais qu’ils manquaient de sérieux…

… Ben faut pas s’en étonner: Il s’agit du regretté Jacques Hurtubise, ainsi que de Hélène Fleury, piliers et propriétaires du légendaire magazine Croc.

Je ne m’en doutais pas, jusqu’à ce que je Réal Godbout lui-même me signale la chose, au sujet de mon billet précédent.  

C’est donc avec sa permission que je partage avec vous cette anecdote ainsi que sa photo.  Par contre, je n’ai pas pu rejoindre Pierre Fournier, d’où utilisation d’une vieille photo d’un article de La Presse de 1988 au sujet de Red Ketchup.

En tout cas, je comprends mieux pourquoi, tel que je l’ai écrit dans le précédent billet, que je trouvais que même les terroristes à la retraite ont l’air québécois.  J’ai dû inconsciemment les reconnaître, j’cré’ben!

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LA SEMAINE PROCHAINE: Une série publiée dans Pif Gadget en 1975-76, mettant en vedette un personnage québécois qui sacre comme un charretier.

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Le Québécois dans la BD internationale 3

Le Québec n’est pas vraiment l’endroit qui vient en tête des gens lorsque l’on parle de terrorisme.  C’est probablement la raison pourquoi la Crise d’Octobre de 1970 fascine nos voisins du sud au point d’en faire souvent référence dans leurs comics.   Apparemment, vouloir se battre pour la séparation et l’indépendance d’un Québec français envers un Canada anglais, ça les inspire.

Par conséquent, si un personnage vient du Québec, qu’il parle le français… 

… qu’il est un méchant, ou du moins l’a déjà été, alors c’est qu’il est impliqué avec le FLQ, le Front de Libération du Québec.  D’où sa tendance à jouer avec les explosifs.

Chez Marvel, c’est le cas d’un personnage, Jean-Paul Beaubier alias Northstar, super-héros québécois né à Montréal.

Longtemps membre du groupe de héros canadien Alpha Flight, il est surtout reconnu comme ayant été le premier super-héros du mainstream a avoir déclaré son homosexualité.  Et après être devenu membre des X-Men, il devint ensuite le premier à avoir un mariage gai.  

Du côté de DC Comics, on retrouve également un personnage québécois francophone, une femme nommée Bette Sans Soucis.  Bien qu’ils ne nomment jamais explicitement le FLQ, il reste que Bette est une terroriste canadienne-française qui n’utilise que des explosifs, et qui a fait partie d’un groupe désirant l’indépendance du Québec.  Son nom de code est lui-même synonyme d’explosif: Plastique.  

Je ne sais pas s’ils se sont inspirés du fait qu’à l’époque de La Grande Noirceur, la rumeur courrait comme quoi Maurice Duplessis vendait le minerai de fer de la baie d’Ungava pour un sou la tonne aux américains.  Toujours est-il que dans l’univers DC, le Premier Ministre du Canada anglais a un accord avec le gouvernement américain, permettant aux industries amerloques d’aller piller les ressources naturelles du Québec français.

Plastique se bat donc pour que le Québec se sépare du Canada, afin de ne plus être exploité par ce dernier qui nous vend aux américains.  Et qui dit séparatistes dit explosifs.  Ainsi, elle envoie un de ses soldats aller se faire sauter sur une citerne remplie de gaz naturel québécois.

Puis, Plastique elle-même veut faire sauter les bureaux d’un journal américain, car les américains coupent à blanc les forets du Québec pour faire le papier sur lequel est imprimé ce quotidien.

Plus tard, Plastique changera d’ennemi et de série, passant des pages de Firestorm à celles de Captain Atom, où elle tentera de faire exploser conjointement Le Parlement à Ottawa, chose que Northstar a lui-même exprimé avoir déjà voulu faire…

…et la Statue de la Liberté à New York.  Pourquoi pas la Maison Blanche?  Mystère!

Parallèlement, elle tentera de faire sauter le président américain Ronald Reagan et un anonyme Premier Ministre canadien qui semble être un amalgame de John Turner et de son successeur Brian Mulroney, avec des cheveux teints.



Et les scénaristes ne manqueront jamais une opportunité de rappeler aux lecteurs que libérer le Québec du joug du Canada et des USA, telle est sa cause.  Comme ici, ou elle s’apprête à tuer Captain Atom, avec une ceinture d’explosifs, bien entendu.

Et là: 

Chez Marvel, ils ne se sont pas contentés de juste donner un passé de felquiste à Northstar.  Ils ont consacré le numéro 28 de la série Marvel Fanfare à ce sujet: Quinze ans après la Crise d’Octobre, les ex-membres du FLQ sont la cible d’attentats.  Attentats à la bombe, bien sûr, because ironie.  Northstar, qui cherche à sauver ses anciens compagnons, se voit obligé de collaborer avec la RCMP afin de trouver ces anciens membres de la cellule Combattre, la plus violente du FLQ, dont les membres n’ont encore jamais été trouvés ni condamnés pour leurs crimes.  Northstar a donc un dilemme de taille: Sauver ses amis en les livrant à la Justice, ou bien leur rester loyal et les voir se faire tuer.



Pour ce comic, on sent qu’ils ont fait une recherche sérieuse sur le sujet.  Il y a là un soucis du détail qui ne passe pas inaperçu pour un lecteur d’ici.  Même les terroristes à la retraite ont l’air québécois:


Il y a quelque chose dans le design de ces personnage qui fait québécois des années 70 qui ont pris de l’âge.  Et ce qui ne gâche rien, c’est que c’était la première fois que je lisais une prononciation réaliste de nos jurons dans une BD d’ailleurs.

Ce qui me rappelle que pendant une courte période, un des scénaristes d’Alpha Flight a cru bon de commencer à faire sacrer Northstar.  Ça ne durera, heureusement, qu’un seul numéro.


Heureusement, un québécois a eu la bonne idée d’écrire à Marvel, afin de leur expliquer un truc ou deux à notre sujet.  Entre autres que ces jurons sont vulgaires, et qu’il existe des variantes comme Calique ou Calvasse, beaucoup plus acceptables.  

Fa que voilà, en conclusion, dans les comic-books américains, un québécois francophone, c’est surtout un terroriste qui se bat avec des explosifs pour la séparation du Québec en commençant ses phrases par des mots d’église.

DEMAIN, la suite: Felquiste et bédéistes, même combat!

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Le Québécois dans la BD internationale 2

Ce billet est un complément de celui d’hier.  C’est une façon hypocrite de dire que j’aurais dû y mettre plus de travail et de matériel. Méa coupabl’.

Tout d’abord, je disais que je ne pouvais plus compter le nombre de références à la chanson Ma Cabane au Canada de Line Renaud. En fouillant dans ma collection personnelle, j’en ai retrouvé trois.  La première est tirée de la BD Le Chef, une aventure de Totoche par Tabary, dessinée en 1969, et (re) publiée en 1977 dans Pif Gadget no.424, l’agent Bodard nous en fait une interprétation.

La seconde référence est de Frank Margerin, dans l’album Ricky VII. En plus d’évoquer cette chanson, il y donne une vision caricaturale (espérons) de ce que le français-de-France moyen pense de notre beau pays.

Et la plus récente, c’est dans le titre de cette BD signée Coyote.

Toujours en lien avec le billet précédent, j’ai trouvé la version anglaise de la page de Dr Slump, avec le bûcheron canadien Mac Aban qui lâche un Tabernacle. Le bûcheron a changé de mon pour Mister Heyheyho, mais provient toujours du Canada. Il est donc probablement safe d’affirmer que dans la version originale, Akira Toriyama l’avait créé canadien.

… à moins que le traducteur anglais (ou américain?) ait travaillé à partir de la version française plutôt que du japonais.  Je serais curieux de savoir ce qu’il disait originalement dans la seconde image.

Et puisque l’on parle de Dr Slump, Toriyama aime bien intercaler, entre les aventures d’Aralé, des petites BD semi-autobiographiques. Celle qui suit est tirée de l’album 5.  Pour une raison qui m’échappe, le traducteur a l’air d’avoir essayé (et lamentablement échoué) de les faire parler en québécois.

Attention: Sens de lecture japonais.

La semaine prochaine: Le Québécois dans les comics de Marvel et DC: Jurons et FLQ.

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Le Québécois dans la BD internationale

C’est bien connu, toute la planète pense que le Canada est peuplé de bûcherons qui parlent français et sacrent comme des charretiers. Le Japon ne fait pas exception, comme le montre cette page tirée du 16e album de Dr Slump, par Akira Toriyama.

Bon, techniquement, puisque je n’ai pas accès à la version originale, et que anyway je ne parle pas japonais, impossible de savoir si le personnage était d’origine canadienne ou américaine.  Il faut quand même noter qu’il a une certaine ressemblance avec Mad Dog Vachon qui, selon sa biographie, aurait lutté plusieurs fois au Japon.  N’empêche que cette série fut traduite en France, comme le démontre deux points.

Premier point: Il n’y a que les français qui nous font dire « Tabernacle! »   Jamais un québécois, à moins d’être curé, ne va dire « Tabernacle! »  Icite, c’est TABARNAK! 

Second point: Le nom Mac Aban.  Lorsqu’il est question du Canada, Je ne peux plus compter le nombre de fois où j’ai vu dans des BD françaises-de-France, une référence à Ma Cabane au Canada, une chanson de Line Renaud datant de 1947.

Et, peut-être à cause de Mackenzie King, je suppose que les noms qui commencent par Mac peuvent sonner québécois aux oreilles étrangères.  Il est vrai que comme la majorité des pays d’Amérique conquis et colonisés, une partie de nos ancêtres étaient écossais.

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Les petits emprunts d’Achille Talon 6

Ces derniers jours, j’ai eu la chance de mettre la main sur une collection de BD classiques de Walt Disney. Ça m’a permis de constater qu’on n’en a pas fini avec les emprunts de Greg.

Voyez d’abord cette BD tirée de l’album Achille Talon a un gros nez.




Remplacez Talon par Goofy / Dingo et Lefuneste par Mickey, et vous aurez cette planche datant de 1938.


Dans les prochaines semaines: D’autres emprunts grégaires à Mickey, Donald et Popeye.

Voir les articles précédents sur les emprunts talonnesques

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