BD = Brasserie Dawes (1932)

Jusqu’au milieu des années 80, il n’était pas toujours facile d’imprimer une photo clairement dans un journal.  Aussi, le dessin était largement utilisé pour illustrer les publicités.  Et tant qu’à dessiner une pub, aussi bien parfois en faire une bande dessinée.

Les 22 bandes dessinées qui suivent sont l’oeuvre de Arthur Georges Racey (1870-1941) caricaturiste éditorial.  Ce sont des publicités pour la bière Black Horse, embouteillée par la Brasserie Dawes. Elles furent publiées dans le journal Le Quotidien (entre autres) en 1932.  Pour la petite histoire, Dawes fusionnera avec quelques autres compagnies de la Canadian Breweries en 1952, et le groupe prendra le nom de leur membre le plus populaire, La Brasserie Dow.   

Personnellement, j’aime bien découvrir par ces BD certaines moeurs et coutumes d’une autre époque, celle d’il y a 85 ans.


Je trouve à ce monsieur une certaine ressemblance avec Onésime, d’Albert Chartier.  Il s’agit bien sûr d’une coïncidence, mais qui montre tout de même qu’un certain style de moustache était très populaire à cette époque, avant d’être ruinée pour toujours par un certain homme d’Allemagne qui s’est lancé en politique après avoir été rejeté d’une école d’arts.


Étant donné que marble signifie à la fois bille et marbre, je me demande s’il s’agit ici d’une mauvaise traduction, ou bien si les canayens-franças disaient vraiment ça dans le temps.  Après tout, le personnage Séraphin Poudrier de Claude Henri Grignon utilisait le mot fleur pour désigner de la farine, puisque flower et flour se prononcent de la même façon.  


Cherterfield fut une populaire marque de divans.  Les gens utilisaient le nom de la compagnie pour désigner l’objet, comme on le fait avec Frigidaire pour les réfrigérateurs. 


Les Royals, les prédécesseurs du Canadien de Montréal.


Eh bien! Apparemment, recevoir la radio de Londres, c’était un événement spécial.


Stag party, soit un enterrement de vie de garçon.  Pas de danseuses en 1932, mais d’la bière en masse.


Je connaissais le terme prospect pour désigner une personne avec qui on espère être en couple.  Apparemment, ça désignait aussi un potentiel gros client.


« On peut faire un pique-nique rien qu’avec ça! » … Heureusement que seul le verre de Monsieur a de la mousse, j’aurais des doutes au sujet du contenu des verres des enfants.


« Cette black Horse pourrait ressusciter un mort. »  Et encore, heureusement que les degrés sont en Fahrenheit.  70, 80 et 90, ça donne 21, 26 et 32 Celsius


En plein ce qu’il faut quand on a envie de dégueuler: Boire d’la bière.


D’un côté je suis ravi de voir qu’en 1932, on pouvait reconnaître que la femme puisse se montrer supérieure à l’homme dans un sport.  Mais de l’autre, il ne s’agit pas d’une femme « normale », mais bien d’une championne, une professionnelle.  Mais bon, je suppose qu’il fallait bien expliquer la défaite du monsieur, en évitant de le démasculiniser. 


Avant l’arrivée du frigo électrique, tu pouvais payer pour que l’on te livre un gros bloc de glace tous les matins, à mettre dans une grosse armoire qui servait de frigo.  Forcément, pendant la journée, ça fondait. 


Ah, la belle époque des bonnes vieilles valeurs familiales catholiques, où tu pouvais caler une bonne pinte de broue pour célébrer ton usage de violence physique contre tes enfants. 

Pour en savoir un peu plus sur ces pubs en BD de Racey, voir Les Caricaturistes au service de la Black Horse.

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Capitaine America IV et Bucky III: Les retours.

Dans l’article précédent, on a vu comment le scénariste Steve Engleheart a tenté de réconcilier la disparition du Capitaine America et de Bucky en 1945, avec leurs aventures publiées en 1953-54:  En déterminant que les héros des années 50 n’étaient que des imitateurs.

Mais voilà, il y a juste un petit problème: La série Captain America Comics fut publiée de 1942 à 1949.  Et dès 1946, soit la période d’après guerre, on les voit quitter l’armée, reprendre la vie civile et devenir de simples héros urbains qui combattent des bandits bien ordinaires.  

Dans le numéro 66 publié en avril 1948, Bucky est gravement blessé par arme à feu, par une criminelle nommée Lavender, ce qui l’oblige à prendre sa retraite de la vie de héros costumé.  Cap le remplace donc par son amoureuse du moment, Betsy Ross. (À ne pas confondre avec Betty Ross, l’amoureuse de Hulk, bien que toutes deux furent nommées ainsi en hommage à Elizabeth « Betsy » Ross, qui cousu le tout premier drapeau américain.) Une séquence de montage plus tard, dans lequel on voit Cap l’entraîner, il en fait une héroïne nommée Golden Girl. 

Comment ont-ils pu vivre ces aventures en 1946, ’47, ’48 et ’49, puisqu’ils sont supposés être disparus en 1945?
En 1977, Roy Thomas et Frank Robbins se sont penchés sur la question.  Le résultat: Et si les Envahisseurs étaient restés ensemble après la guerre? , Cette aventure fut publiée dans les pages de What if–!? vol.1 no.4.  

Suite à la disparition de Cap et Bucky, le président Truman ne voulant pas démoraliser les troupes, a demandé à ce que l’on produise des remplaçants.  Voici donc Capitaine America II et Bucky II.

The Spirit of ’76 se faisant tuer plus tard par un androïde, il est aussitôt remplacé par un autre aventurier athlétique costumé, The Patriot, qui reprend le flambeau, le costume, et devient Captain America III.  

Ainsi, les aventures du Capitaine America publiées entre 1945 et 1949 n’auraient pas été vécues par les Capitaine America et Bucky originaux, mais bien par Cap II et Cap III et Bucky II, qui se serait teint les cheveux. 

Bien que What if–!?  soit une série qui se consacre aux réalités alternatives, l’explication a tellement plu aux éditeurs de Marvel que cette histoire est officiellement devenu canon.  Par conséquent, les Capitaine America et Bucky des années 50 ont cessé d’être Bucky II et Cap II, et sont devenus Bucky III et Cap IV.  

Ce nouvel historique nous a été présenté chez Héritage, toujours en 1977, dans Capitaine America et Le Faucon no.74/75.




… incluant le fait que le crâne Rouge des années 50 était lui aussi une imitation.  On y reviendra.  Pour le moment:

Que sont devenus les Capitaine America et Bucky des années 50?

1ère partie: La période Héritage.
1979, Capitaine America no. 90/91.  Sept ans et soixante-quatorze numéros après la dernière apparition des Cap et Bucky des années 50, Le Capitaine America combat La Force Nationale, dont les soldat se suicident si capturés en mettant le feu à leurs costumes.  Leur Grand Directeur se distingue de ses soldats par un masque semi-Wolverine. 

Au numéro 94/95, le Docteur Faustus nous révèle la véritable identité du Grand Directeur: C’est Cap IV.


Pour une raison totalement inexpliquée, alors qu’il était jusque-là un officier aussi autoritaire pour ses subordonnés qu’obéissant envers ses supérieurs, voilà que Le Grand Directeur / Steve Rogers II / Capitaine America IV s’écroule en position foetale après avoir entendu Faustus raconter son origine de Grand Directeur.  

Mais bon, quand on y réfléchit, on peut comprendre.  Cet homme a tout fait pour être comme son idole, le Capitaine América.  Et là, il apprend que Faustus a fait de lui un fasciste et un nazi, soit le total opposé de son idéal.  Y’a de quoi être traumatisé.  Aussi, dès que le vrai Cap arrive…


Bucky III flingué, Cap IV immolé… Voilà qui règle pour de bon le sort de ces copies des années 50.  On a donc fini de les revoir.

Sauf que…  Techniquement, on n’a jamais vu explicitement Bucky III se faire sauter le caisson par Cap IV, n’est-ce pas?  

Le scénariste J.M. DeMatteis y a vu une porte qu’il a promptement ouverte.  Ainsi, dans Capitaine America no.140-141…










Un dernier détail à régler: Qu’un fan et remplaçant de Bucky soit naturellement son sosie, c’est déjà gros comme coïncidence.  Mais que lui aussi se nomme « Bucky » ?  Là, c’est un peu trop!  Aussi…

Et c’est ainsi que Bucky, alias le-Bucky-des-années-50-anciennement-Bucky-II-devenu-rétroactivement-Bucky-III, cessa de s’appeler Bucky et devint officiellement Jack Monroe.  Pour fêter ça, l’Escouade du Serpent capture Cap et se fiche complètement de Jack, l’abandonnant là.

(Ouvrons une parenthèse. Peu après sa première rencontre avec ses copies des années 50, le Capitaine America a combattu l’Empire Secret, dont le chef, Numéro 1, n’était nul autre que le président américain Richard Nixon. Du moins, c’était fortement sous-entendu, histoire de faire référence au Watergate.  C’était dans Capitaine America no.35.

Perdant foi en son pays, Cap devint Le Nomade, l’homme sans    nombril    pays.

Sous cette identité, il battit l’Escouade du Serpent, et apprit à la dure les mauvais côtés de porter une cape.

Éventuellement, Cap redevint Cap.  Plus tard, un acteur à la solde du Crâne Rouge a brièvement repris le nom et le costume de Nomad…

… avant de se faire tuer dans la seconde partie de ce même comic.  Fin de la parenthèse)

Jack Monroe s’en va brailler dans les jupes de Sam Wilson alias Le Faucon, qui l’envoie se faire voir chez Nick Fury.  S.H.I.E.L.D. ayant appris que c’est l’Escouade du Serpent qui a enlevé Cap, Nick propose un truc à Jack: Changer de super-identité, passant de Bucky III à Nomad III.  C’est que, puisque Nomad I a déjà battu l’Escouade du Serpent, prendre cette identité lui apportera un avantage psychologique contre eux lorsqu’il ira sauver Cap.  Bonne idée, tant qu’ils ne remarquent pas que ce Nomad-là est blond comme un corbeau.

La version S.H.I.E.L.D. du costume de Nomad comporte trois modifications majeures.

  • De un, fini le décolleté plongeant jusqu’aux poils de poche.  Maintenant, il évoque vaguement la lettre N.
  • De deux, les boutons de la cape se détachent et peuvent être lancés comme des mini boucliers.
  • De trois, La cape ne lui descend même pas jusqu’aux fesses, la rendant impossible de s’y enfarger.

Fa que ouais, il sauve cap et tout rentre dans l’ordre.

Maintenant que Bucky alias Bucky III est devenu Jack Monroe alias Nomad III, on peut passer à la vraie raison de son retour.  C’est que depuis que Steve Rogers alias Capitaine America a été décongelé en 1964 par les Vengeurs, la série a toujours joué la carte de l’homme d’une autre temps qui se sent un peu perdu et dépassé à notre époque moderne.  Mais voilà, en 1983, ça faisait dix-neuf ans qu’il était revenu.  Continuer serait redondant, et cesser serait dénaturer la série.  La solution: Ramener Jack Monroe.  Ayant été mis en animation suspendue de 1954 à ’72, et recongelé de ’72 à ’83, il pouvait reprendre le flambeau du gars qui est perdu dans le temps.  

La mentalité des années 50 de Jack dans un environnement des années 80, ça n’a malheureusement pas été aussi sympathique pour Jack que la transition des années 40-à-60 l’a été pour Cap.  Par exemple:

Tandis que Cap était une superbe machine de combat capable de tenir tête au Vengeurs alors qu’il était à peine décongelé, Jack est un bien piètre combattant. (Capitaine America No.146/147).

De plus, il tombe amoureux de la première demoiselle en détresse qu’il sauve. (146/147).

Et se fait aisément piéger par elle, puisqu’il ne se doute pas qu’elle puisse être une méchante. (148/149).

Il croit qu’il est OK d’utilise sa force de super-soldat contre des criminels ordinaires. (154/155)

Il considère que pour être un pacifiste, faut être un lâche. (154/155)

Pour, peu de temps après, se faire ramasser solide par ce même lâche. (154/155)

D’ailleurs, il n’arrête pas de se faire ramasser, malgré sa super-force.  Même par des vilains de second ordre comme le Constrictor. (146/147).

Black Crow.

Ou pire encore: Le Porc-épic (140/141)

Oui, le même Porc-épic qui se tuera en tombant accidentellement sur l’une de ses propres épines.  Même ce gars-là est capable de battre Nomad.  

Comme si ça ne suffisait pas: Vous savez, la fille qui a paralysé Nomad en l’embrassant?  Elle travaillait pour le Crâne Rouge.  Elle l’a hypnotisé, lui donnant l’ordre d’empoisonner Cap avec une drogue qui lui redonnera son âge véritable.   ET IL L’A FAIT!

Dernière chose qu’on le voit faire avant que Héritage cesse de publier la série:  S’apprêter à se battre pour sauver Cap, pour finalement juste laisser faire.


Cette image d’incompétence, de faiblesse, de stupidité, de naïveté, de trahison et de lâcheté, ce sera la dernière que les lecteurs des comics Héritage garderont de lui, puisque Capitaine America cessera d’être publié avant que Nomad ait le temps de prendre du mieux.

BIENTÔT: Que sont-ils devenus, 2e partie: La période post-Héritage.  Parce que oui, même si Héritage arrête, Marvel continue. 

J’ai bien aimé reprendre mes articles sur les comics des Édition Héritage, mais ça demande beaucoup de temps à produire, et il faut vraiment que je retourne travailler sur mon projet d’album La Clique Vidéo, qui est une commande pour le Festival de BD de Québec, et qui vient avec une date de tombée. Par conséquent, les 2 suites (Ouais, y’aura 4 articles sur le sujet, finalement) ne seront probablement pas avant 2018. Merci de votre patience et désolé pour les délais.

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Capitaine America 13, 14, 15, 16: L’autre Capitaine.

L’une des histoire du Capitaine America traduite par les éditions Héritage qui m’a le plus fasciné lorsque j’étais enfant, c’était le retour du Capitaine America des années 50.  En fait, c’était surtout d’apprendre qu’il y avait déjà eu un autre Capitaine America dans les années 50. On a pu lire la chose dans Captain America nos. 153, 154, 155 et 156 en V.O. chez Marvel en 1972, ou dans Capitaine America 13, 14, 15 et 16, parus chez Héritage en ’73.  Puisque je ne les possède pas tous, vous me pardonnerez si j’utilise parfois ici des extraits des versions originales anglaises de Marvel pour illustrer cet article.

On commence avec Capitaine América et le Faucon No.13, ou 153 en version originale.

Dans les dernières pages de ce numéro, le Faucon surprend Cap dans le ghetto en train de broyer du noir, si vous me permettez l’expression.

Petit détail: Alors que les lignes rouges et blanches du costume de Cap lui font le tour de la taille, ici il n’en a pas dans le dos.  Autant pour ce détail que pour son attitude, le Faucon, tout comme le lecteur, croient avoir affaire à un imposteur.  Mais voilà: Il porte aussi le visage de Steve Rogers, le vrai Cap.  

Après avoir été frappé de surprise, il se fait frapper par surprise.  Une surprise sous les traits de Bucky, que l’on croyait mort jusque-là!  

L’histoire se poursuit au numéro suivant, le 14.

Dans celui-ci, Le Faucon est kidnappé par Cap et Bucky, mais sauvé par les bandes de rues du ghetto.  Le Faucon s’en va ensuite rejoindre les Vengeurs, où il apprend que Cap est avec Sharon Carter, agente de S.H.I.E.L.D, en vacances aux Bahamas.  Voilà qui confirme que le Faucon a eu affaire avec un imposteur.

Et nous voilà au numéro 15, qui nous offre l’origine de l’imposteur en question.

Le Faucon va aux Bahamas, rejoindre Cap et Sharon pour les prévenir.  Mais il est devancé par les faux Cap et Bucky.  Ceux-ci sont plus rapides, plus rusés et bien plus forts.  Ils se font donc capturer tous les trois.  Et tandis que Bucky pilote l’avion qui les ramène tous en Amérique, le méchant Cap leur raconte son origine, que voici:






Avoir la formule, c’est une chose.  Mais être capable de la comprendre?  Avoir accès aux ingrédients pour la reproduire?  Et au matériel de laboratoire?  Tout en sachant comment l’utiliser?  Alors que l’on a, pour toute éducation, qu’une formation en histoire? C’est fort!  (Mais pas aussi fort que le perchoir du singe, qui peut apparemment supporter plus de 250 lbs.)


Essayer d’analyser le sang du singe pour reproduire le sérum… Alors qu’ils avaient déjà un échantillon du sérum, avant de le gaspiller en l’injectant au singe?  Ça, c’est pas fort! 



Une copie de Steve Rogers obsédé par Steve Rogers qui rencontre une copie de Bucky Barnes obsédé par Bucky Barnes.  Quel hasard.  Ce dernier semble cependant exceller à un passe-temps qui n’était pas tellement commun aux jeunes hommes virils des années 50: La couture.  

Mais bon, je suppose que ce n’est pas plus louche que de montrer un adolescent qui semble apparemment habiter avec un prof de son école qu’il vient à peine de rencontrer.

Et c’est à partir d’ici (à partir de la case précédente, en fait) que l’on peut constater une curieuse fluctuation dans le style de dessin, qui passe de moderne à ancien….


… à moderne …

… à ancien …

… et à moderne.





Et on poursuit avec Capitaine America et le Faucon no.16, dans lequel se conclut cette saga:

Cap, le Faucon et Sharon se libèrent de leurs liens, attendent que l’avion se pose, et attaquent Cap II et Bucky II.  La bataille finit en match nul alors que les méchants arrivent à fuir.  Cap II lance tout de même un rendez-vous à son prédécesseur afin qu’ils puissent y livrer une bataille décisive.  Ils se rendent à l’endroit convenu et le combat commence. 








Les pensées en question, c’est que Cap réalise que son sosie et lui ont énormément de choses en commun.  Comme lui, il était un jeune homme obsédé par l’idée de se battre pour sauver son pays.  Comme lui, il s’est porté candidat pour devenir un super-soldat.  Comme lui, personne n’a enquêté à son sujet avant de lui administrer le sérum.  Il était, pour ainsi dire, n’importe qui.  Ce qui signifie que Cap I aurait aussi bien pu finir comme Cap II: Un zélé rendu fou par son obsession.

Cap oublie que, tel qu’expliqué dans son origine, Cap II s’est injecté le sérum mais n’a pas été exposé aux vita-rayons qui stabilisent la formule.  Ça explique pourquoi le Cap des années 50 est plus fort que le vrai, mais aussi plus instable mentalement.  

Et maintenant, un bonus: 

L’extrait que vous n’avez jamais vu.
Dans l’origine de Cap II, il y a un moment où le style de dessin change, passant du moderne à l’ancien.  C’est que, tel qu’annoncé au début de ce changement, il s’agit d’extraits du comic Young Men no.24 paru en décembre 1953, publié par les éditions Atlas, l’un des ancêtre de Marvel, où travaillait déjà le jeune scénariste Stan Lee.  Jusque-là, Young Men ne faisait que raconter trois courtes histoires par numéro, mettant en vedettes de jeunes hommes vaillants et courageux.  Mais à partir du numéro 24, Stan décide de changer le ton du magazine en faisant renaître trois vieux personnages des années 40 publiés par Timely, l’autre ancêtre de Marvel.  Il s’agit de La Torche Humaine (L’androïde et non Johnny Storm), Captain America et Namor.

En 1953, les préoccupations sociales ont changées.  Maintenant que le nazisme est mort, la nouvelle menace que craint le monde libre, c’est le communisme.  Voilà donc quel sera le nouvel ennemi de Cap et Bucky.  

Je ne sais pas si c’était le cas pour vous, mais moi j’étais frustré de ne lire qu’un simple extrait de cette introuvable aventure des années 50.  Eh bien aujourd’hui, 42 ans plus tard, je l’ai trouvée, je l’ai traduite, et je vous l’offre ici, au complet.



Il s’agit bien du même Cap des années 50, sans les lignes blanches et rouges dans le dos.




Dans la version originale, puisqu’ils n’étaient pas supposés être des copies de Capitaine America et Bucky, ils n’ont pas besoin de se cacher dans une ruelle pour s’injecter une copie du sérum de super-soldat.


Et voici la fin, telle que non-présentée dans la version Héritage. (Ni la version Marvel, d’ailleurs.)



Le retour de Cap et Bucky, scénarisé par Stan Lee, fut dessiné par un très jeune John Romita (père).  Cette résurrection fut de courte durée.  Cap et Bucky vécurent cinq aventures de six pages, soit jusqu’au dernier numéro de Young Men, le 28.  Et cette aventure reproduite ici fut la seule qui les montrèrent avoir une vie au civil.  Dans leur seconde aventure, alors qu’ils combattent des espions communistes, on ne les voit qu’en costumes.  Et dès la 3e, ils étaient de nouveau dans l’armée, sans la moindre explication du comment ni du pourquoi.

À la mort de Young Men, Atlas a repris la série Captain America là où elle s’était interrompue cinq ans plus tôt chez Timely.  Le numéro 75 est paru en octobre 1949.  Le 76 sortit en mai 1954.  

C’est d’ailleurs dans cette continuation que Cap II et Bucky II vivront les aventures décrites dans cette image:

Mais là encore, la vie de ce Capitaine America, casseur de communistes, sera de courte durée: Trois numéros.  Car oui, la série prendra fin au numéro 78, en septembre 1954.

Dix ans plus tard, en 1964, lorsqu’il a ressuscité le Capitaine América dans Avengers no.4, Stan Lee décida de ne faire aucune mention de son court retour de 1953-54.  D’ailleurs, puisque Cap avait été congelé à la fin de la guerre, et dégelé  lorsque les Vengeurs l’ont retrouvé, ses aventures des années 50 ne pouvaient pas être arrivées, point!  

Huit ans plus tard, en 1972, c’est Steve Engleheart, alors scénariste de Captain America, qui aborda enfin le sujet.  Il a décidé que les aventures du Capitaine America des années 50 seraient vraiment arrivées, mais que ce Cap-là ne serait pas l’original, mais bien un excellent imitateur.  D’où la nouvelle scène glissée entre deux pages de Young Men, que l’on a vu dans la version française noir et blanc plus haut ici, dans laquelle Cap II et Bucky II s’injectent du sérum de super-soldat, avant d’attaquer Red Skull II.  

Parce que oui, même le Crâne Rouge des années 50 sera plus tard révélé comme étant un communiste du nom de Albert Malik, qui a pris l’identité costumée du vrai Crâne, Johann Schmidt, présumé mort.  On y reviendra la semaine prochaine.  

Bloopers.
Non seulement la lettreuse-traductrice Lorraine Saint-Martin a écrit soi-distant plutôt que soi-disant, elle a confondu le mot pal avec le prénom Paul.  Par conséquent, et dans cette image seulement, l’assistant de Cap se nomme Paul Bucky.

Au début de la mini-aventure tirée de Young Men 24, le Capitaine America n’a pas encore fait son retour.  Par conséquent, le film présenté par le Crâne Rouge est supposé montrer le vrai Capitaine America, celui des années 40.  

Or, il est officiellement reconnu que le costume du vrai Cap a des lignes rouges et blanches autour de la taille, contrairement au Cap des années 50 qui n’en a pas dans le dos.  Pourtant, le Cap de ce film n’en a pas non plus.

Mais comme je l’ai déjà fait remarquer dans l’article Capitaine America et Bucky à Québec, même dans Captain America Vol.1 no.27 publié en 1943, le vrai Cap n’avait pas non plus de lignes au dos.

La seule explication qui me vient en tête: Puisqu’il lui est déjà arrivé dans les années 40 de changer de modèle de masque et de bouclier, je suppose qu’il a aussi bien pu changer de modèle de tunique, peu avant de se faire accidentellement congeler pendant vingt ans.  Bucky II n’étant pas au courant du changement, il a reproduit l’ancien costume de Cap I, voilà tout.

SAMEDI PROCHAIN, SUITE ET FIN: Que sont-ils vraiment devenus?
Il y a deux problèmes avec des personnages comme les Cap et Bucky des années 50.  Le premier, c’est qu’ils se démarquent trop des autres ennemis de Cap pour que l’on puisse les oublier.  Voilà pourquoi il est très tentant de les faire revenir.  Mais en même temps, et là est le second problème, on ne peut pas faire grand chose avec eux à long terme sans tomber dans la redondance, ou bien les dénaturer.  Voilà probablement la raison pourquoi, 
70 numéros plus tard, lorsqu’ils sont réapparus, Bucky II se fait flinguer…

…et Cap II se suicide par incinération.

… Ce qui ne règle pas du tout le premier problème: Ces personnages demeurent trop spéciaux pour être oubliables.  Voilà pourquoi, quelques années plus tard, d’autres scénaristes les ont fait revenir, en modifiant leur historique de façon à en faire plutôt Bucky III et Cap IV.  Je vous en parlerai de long en large dans le prochain billet.  

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La page La Clique Vidéo sur Facebook

Eh oui, quoi de mieux pour me pousser à garder le rythme de production, qu’en publiant les BD de La Clique Vidéo dans une page Facebook trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis!?

Pour joindre: facebook.com/LaCliqueVideo

« Tope-la sur la tronche » en québécois.

Rappelons que lors du dernier Festival de BD francophone de Québec, j’ai remporté le prix Jacques-Hurtubise pour encourager la nouvelle création en BD.  Il m’a été remis par Hélène Fleury, membre du jury et cofondatrice du magazine Croc.  Un chèque de mille dollars, gracieuseté de Brouillard Communication, m’a été remis par le sympathique Jean Brouillard, président et fondateur de la firme. 

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Les séries oubliées de Raymond Parent: Les Cyclones

Les Cyclones, une équipe du tonnerre, raconte les aventures d’un club de hockey du Québec.  Non seulement firent-ils leurs débuts dans Mic Mac no.1, ils sont en couverture. 

Eh oui, en même temps qu’il faisait Capharnaüm et Églantine et Magané, Raymond y dessinait également Les Cyclones.  Contrairement aux samedis précédents où je vous présentais des séries complètes, cette semaine je ne vous donne que le premier épisode.  ‘Faut dire que ce dernier fait sept pages.


J’ai toujours pensé que Lady Bong faisait référence à la toune disco Lady Bump.

L’équipe compte un 5e membre, Jean-Paul Bérubé alias « Jipi », que l’on nous présentera à la fin.  En attendant, place au hockey:







Et maintenant que ce match légendaire a pris fin, passons au gardien de but des Cyclones qui va nous présenter son équipement.


Cette fois ci, pas de Raymond Parent au scénario.  Dès le départ, la série est écrite par Claude Gervais et Mario Masson.  On pourrait être tenté de dire que Raymond Parent n’y fait « que » le dessin.  Ce serait une erreur.  Le style graphique délirant de Raymond est tout autant source de gags, sinon plus, que le texte. Même que souvent, dans certaines images, il sait rendre désopilant un texte aux gags moyens, sinon inexistants.  Par exemple, les tronches pas-possible des joueurs du Pacifique, le tableau de pointage rafistolé tout croche, l’air niais de Jipi buvant son crème soda cerise, ou encore Pit Casgrain dans la première page, le bâton de hockey sur l’oreille, qui pitonne une calculatrice alors qu’elle est à l’envers et débranchée.  

Ce premier numéro de Mic Mac aurait aussi bien pu porter l’étiquette « SPÉCIAL RAYMOND PARENT ».  La couverture + 1 page de Capharnaüm + 3 pages de Églantine et Magané + 7 pages de Les Cyclones, + un poster central ( que voici ↓ ) de Pit Casgrain dit Le Cérébral = 13 pages à lui tout seul.  Ou 14, si on tient compte que le poster central en occupait deux.

Pour le reste de la durée de vie de Mic Mac, Raymond y produira de 8 à 10 pages mensuellement.  Il signera egalement quatre des cinq couvertures.  Un vrai bourreau de travail.

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SAMEDI PROCHAIN, deux autres histoires des Cyclones.  
Il y sera question de l’équipement du hockeyeur moderne, et d’un match disputé en Russie.

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Les séries oubliées de Raymond Parent: Églantine et Magané

Cette semaine, je vous présente Églantine et Magané. Cette création de Raymond Parent fut publiée d’octobre 1979 à février 1980 dans les pages de Mic Mac, soit en même temps que son autre série Capharnaüm, qui fut le sujet de l’article précédent.

Églantine est une chasseuse un peu maladroite et influençable.  Magané est un canard à sale caractère.  Et voici comment ils se sont rencontrés.





Il a un sale caractère, est égoïste, hypocrite, fume le cigare.  Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est encore très loin de Bibop, l’autre canard de Raymond Parent. Magané semble avoir un côté canard-en-plastique, puisqu’il fait « POUET ♫ » dès qu’on lui touche la tête ou le bec, comme on peut le voir, le mois suivant, en couverture de Mic Mac no.2.

Dans ce numéro, la chasse au canard reprend, mais cette fois en compagnie de Magané.




Voilà une fin qui est un peu n’importe quoi. Il faut dire que, tout comme avec la série Capharnaüm, dès le second épisode, le scénario est co-écrit par Claude Gervais, rédacteur en chef de Mic Mac. 

Et c’est à partir du numéro suivant que la série subit trois changements.  Le premier: C’est fini, les histoires de trois pages.  On réduit ça à une seule.  Le second: Chaque épisode aura désormais un titre…


Et troisième changement, le plus malheureux selon moi: Abandon total du thème chasseuse / canard.  Leurs deux dernières aventures deviennent tellement génériques qu’elles auraient aussi bien pu mettre en vedette Capharnaüm et Petiboum que Laurel et Hardy, Pif et Hercule ou Black & Decker.


Pas la moindre idée de qui peut être Jean-Paul Vallon.  Une recherche Google avec ce nom ne me donne qu’un maire d’une communauté française nommée Lamastre. Je ne crois pas qu’il s’agisse de lui.




Si j’ai bonne mémoire, ce gag s’inspirait de l’actualité car il me semble que les journaux disaient que cet hiver-là, les snowbirds étaient déçus puisqu’il neigeait beaucoup en Floride, rapport à certains ouragans qui y avaient quelque peu détraqué la moyenne saisonnière.

Et c’est ainsi que prit fin la série Églantine et Magané après cinq aventures et neuf pages, soit trop peu pour être reprises en album.

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SAMEDI PROCHAIN, une autre série oubliée de Raymond Parent: Les Cyclones.

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Les séries oubliées de Raymond Parent: Capharnaüm

Pour bien des gens, Raymond Parent, c’est Bibop, Culbute, le Domaine Goul, Les Ravibreur… Cependant, il a aussi signé plusieurs séries beaucoup moins connues, publiées dans divers magazines, de 1978 à 1980.  Pourquoi sont-elles peu connues?  Principalement, à cause que la durée de vie de ces publications étaient courtes.  Par exemple, Mic Mac, le magazine des jeunes québécois n’a existé que cinq numéros mensuels, dont le dernier sortit avec trois mois de retard.  

Cette semaine, je débute une série d’articles visant à vous faire découvrir ces BD oubliées qui contenaient trop peu de pages pour être reprises en album.  Nous allons commencer avec les cinq pages de la série Capharnaüm, justement publiée dans Mic Mac en 1979 et 1980.

Capharnaüm? Que-c’est ça?
Voyons ce que Wikipédia a à dire au sujet de ce mot:  

Capharnaüm ou Capernaüm est un village de pêcheurs de l’ancienne province de Galilée, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade (ou lac de Génézareth) au nord de l’État d’Israël. Sous la dynastie des Hasmonéens, ce village faisait de 6 à 10 hectares et sa population avoisinait les 1 700 personnes.

Ce mot est surtout utilisé pour qualifier un lieu de grande pagaille, renfermant beaucoup d’objets entassés pêle-mêle, un endroit en désordre, et par métonymie un amas de ces objets. 

Tiré de Mic Mac volume 1 numéro 1 paru en octobre 1979, voici donc Capharnaüm. Dès la première image de la première page, on comprends le choix d’un tel titre.




Vivre tout seul dans une soue à cochon, ce n’est apparemment pas suffisant comme source de gag.  Aussi, pour la seconde aventure de Capharnaüm, parue en novembre 1979, Raymond reçoit au scénario l’aide de Claude Gervais, rédacteur en chef de Mic Mac.  Novembre 1979. Celui-ci colle au héros de la série un compagnon / colocataire assez original. 




Étant donné que j’étais abonné à Mic Mac avant d’avoir lu mon premier Astérix, j’ai passé quelques années à appeler Petiboum le camp retranché romain de Petibonum.  Notez que dans l’avant-dernière image, Capharnaüm nous chante un couplet d’une toune de Boule Noire, Aimes-tu la vie?

Décembre 1979.  Quoi de mieux qu’une joyeuse BD imprégnée de l’ambiance réjouissante du temps des fêtes.  Hélas, cette troisième apparition est plutôt triste.




Janvier 1980.  Le thème de passer un triste temps des fêtes solitaire perdure.  Heureusement, cette fois, la fin est réjouissante.




Des extraterrestres? Comme ça? Sans raisons?  M’ouais!  À mon avis personnel, voilà une chute qui est un peu n’importe quoi.  Heureusement, le graphisme de Raymond, et surtout son soucis du détail, sauvent la situation.  C’est un délice de parcourir le capharnaüm de Capharnaüm. Le bordel de la cuisine et du frigo est particulièrement remarquable.

Enfin, pour le cinquième et dernier numéro de Mic Mac, Raymond le fait apparaître en couverture, en compagnie de son inséparable compagnon.

Et c’est sur cet ultime gag que prendra fin la série.



Hum…  Capharnaüm aurait des talents de bricoleur patenteux?  Voilà qui mettrait en contexte le fait qu’il soit aussi ramasseux que bordélique.  Hélas, juste au moment où la série semblait enfin avoir trouvé son thème, l’aventure Mic Mac prit fin, entraînant dans sa disparition Capharnaüm et Petiboum.

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SAMEDI PROCHAIN, une autre série oubliée de Raymond Parent: Églantine et Magané.

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